25Nov
Christian Vachon
BD

Le père, la fille et Astérix

Le roman des Goscinny est aussi irrésistible et festif qu’un village gaulois.  Le roman des Goscinny, comme une aventure du Petit Nicolas, se savoure tendrement.

Ce roman graphique, publié chez Grasset, naît d’une désir d’une fille, Anne Goscinny, de parler d’un père qu’elle a perdu, très jeune, à l’âge de neuf ans, de le transformer « en héros de bande dessinée »,  « l’art auquel il a consacré sa vie ».  Le personnage « René Goscinny » est suffisamment riche en péripéties, en émotions, et en mots d’esprit, pour convaincre son amie, la dessinatrice Catel, « qui ne s’intéresse qu’aux héroïnes » (Joséphine Baker, Ainsi soit Benoîte Groult, Kiki de Montparnasse, …), de faire une exception.  Une trinité fascinante :  le père, la fille et Astérix, se donnent rendez-vous dans la bande dessinée qu’elle réalise.

 

C’est d’abord l’histoire, en teinte bleu-gris, contée par les propres mots de René, d’un petit garçon, né à Paris, en 1926, d’une famille juive, exilée de Pologne et d’Ukraine, atteint, dès l’enfance, d’une maladie très grave qui ne le quittera jamais : l’humour.  Ses maîtres à penser sont Laurel et Hardy plutôt que Kant et Spinoza.  Sa source d’inspiration :  la vie de tous les jours.  Il observe, il écoute, « c’est sa seconde nature », et le quotidien lui offre un bassin inépuisable de bêtises humaines.  « J’aime les imbéciles parce qu’ils ont une force comique extraordinaire ».  De là va germer les aventures d’un Gaulois.

Il a un parcours de vie pas ordinaire René Goscinny, passant la plus grande partie de sa jeunesse, carrière du père Stanislas oblige, en Argentine (la France devient, de son point de vue, « un monde exotique »), s’exerçant, au début de l’adolescence, sa façon, d’alors de raconter des histoires, au dessin (de multiples croquis de sa main sont reproduits dans ce Roman des Goscinny) dans les collèges français de Buenos Aires, quittant, à l’âge adulte,  ce pays sud-américain, avec sa mère Anna, veuve depuis 1943, pour les États-Unis, « à la recherche d’un métier rigolo ».

« Petit juif anonyme », dans un taudis de Brooklyn, il fait l’apprentissage que, dans cet immense pays « quand vous n’êtes rien, vous n’existez pas ».  Il vivote en illustrant des albums d’enfants, se liant d’amitié avec des humoristes, Kurtzman et autres, qui vont donner naissance à la revue Mad, à l’esprit satirique révolutionnaire.  Il rencontre aussi des dessinateurs européens, Jijé, Morris, séjournant, comme lui, en Amérique, qui, peu à peu, lui font comprendre que son avenir n’est pas dans le dessin (au trait trop raide et au décor excessivement minimaliste) mais dans le scénario.  Ils savent que Goscinny est un orfèvre, un orfèvre dans l’art du récit humoristique.

Viennent ensuite les premières collaborations avec Albert Uderzo :   Jehan Pistolet, puis Oumpah-Pah, le départ définitif pour l’Europe, en 1954, le début de l’aventure de Pilote, qui va casser les tabous dans le monde sclérosé des illustrés jeunesse, la naissance, au mois d’août 1959, dans «la joie et le rire » (qui a fait croire qu’on ne peut créer que dans la douleur ?) d’Astérix et d’Obélix, drôles, touchants, et inséparables, comme Laurel et Hardy.  Dans une bande dessinée, cette « sous-littérature » qu’on dit alors destinée uniquement aux enfants, ou aux « débiles »,  Goscinny et Uderzo, les fils d’immigrés (d’Italie, pour Albert), transposent, à l’époque de « nos ancêtres les Gaulois », et avec effet comique, les problèmes de la société française contemporaine.  C’est le succès, phénoménal, dès le milieu des années soixante.  Il faut être débile, maintenant, pour ne pas s’amouracher du 9ième art.

Le roman de la naissance du Gaulois est entrecoupé, en alternance,  en teinte orangée, de moments plus intimistes, narrés par Anne Goscinny.  Elle dévoile cette « blessure »,  jamais évoquée par son père René, « de la Shoah » :  le destin tragique des Beresniak, la famille maternelle, venue d’Ukraine.  Elle nous révèle cette facette « homme de lettres » de la personnalité du scénariste, un « grand lecteur », admiratif de l’humour anglo-saxon, des écrivains Twain, Thurber, Benchley.

Elle nous fait aussi prendre conscience de la place essentielle des amis dans le parcours de son père, un père qui , longtemps, s’est vanté d’avoir eu une vie « pauvre financièrement mais riche en amitié ».  En fait, plusieurs de ses relations ont un aspect nettement fusionnel, notamment avec sa mère (avec qui il vivra, célibataire, jusqu’au milieu de la trentaine), et ses dessinateurs –ses « complices », ses «copains »- Uderzo, Morris (Lucky Luke), et Sempé, l’illustrateur du monde, attendrissant et joyeux, celui de l’enfance, chère au cœur de René, du Petit Nicolas.

Avec Gilberte Pollaro-Millo, l’épouse, rencontrée –véritable coup de foudre- lors d’une croisière, en 1965, c’est la fusion parfaite.  Anne en témoigne : de son enfance, elle ne conserve que des souvenirs merveilleux.

Anne se souvient aussi, après le décès de son père, en 1977, après la mort de sa mère, d’un cancer, quelques années plus tard, que de se faire un prénom, quand on est la fille de Goscinny, « c’est aussi difficile que de se faire un nom ».

Elle sait écrire des choses marrantes, Anne,  mais elle préfère ne pas en faire son métier, sachant que « les lecteurs l’attendent au tournant » : « quand on est la fille de Mozart, on ne se lance pas dans l’opéra ».  Elle va alors raconter des trucs sinistres, publier des romans noirs, « mais étrangement lumineux ».

Avec le temps, elle va accepter cette comparaison avec son père.  D’abord en scénarisant une bande dessinée de Catel Le monde de Lucrèce, où elle imagine une grande sœur (« une fillette d’aujourd’hui ») au Petit Nicolas.  Puis par ce Roman des Goscinny, qui débute par une Anne en colère, et s’achève par une Anne sereine,  Anne parvenant à fusionner avec son père, Anne devenant, elle-aussi, l’héroïne d’une BD, où « la fille de Goscinny est devenue Anne ».

–          Le roman des Goscinny : naissance d’un Gaulois. Catel, Grasset.

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