18Nov
Christian Vachon
La librairie

Le meilleur livre d’histoires du monde

« La Terre est tapissée d’une Voie lactée de toponymes : des centaines de millions sans doute. »

Le meilleur livre d’histoires du monde ?  Quel est-il ?  Regardez autour du vous.  Il est là.  Il vous entoure, dans ces indications au coin des rues, sur votre GPS, sur les cartes géographiques.  Ce sont ces toponymes, ces noms d’avenues, de cités, de monts, de lacs.  Flin Flon, Titicaca, Annapurna ; des noms qui cachent des actes héroïques ou des malentendus, des noms qui stimulent les variations musicales ou géométriques, des noms qui donnent naissances à d’innombrables récits.

Depuis plus de quarante ans, deux passionnées le savent.  Pour l’universitaire et géographe Henri Dorion, pour le toponymiste (et scénariste de la bande dessinée Les derniers corsaires) Marc Richard, il n’y pas de meilleur livre d’histoires qu’un guide toponymique.

La Terre est un livre ouvert.  « Chaque trait d’esprit, chaque idée, peut un jour donner naissance à un nom de lieu ». Le territoire québécois contient plus de noms de lieux qu’il y a de mots dans la langue française.  La France à elle seul rassemble plus de quatre millions de toponymes. Imaginez ailleurs. Imaginez les riches récits qui s’y dissimulent.

Henri Dorion et Marc Richard nous en livrent quelques échantillons dans Nommer le monde.  Essai de toponymie d’ici et d’ailleurs édité, cet automne, chez Fides, un fabuleux travail d’érudition qui nous fait sourire, qui nous fait réfléchir, qui nous fait rêver, un exercice unique en son genre qui nous fait découvrir, d’une façon ludique, comment des noms de lieux naissent à partir de ce dialogue « parfois clair et souvent obscurs, parfois conscient et souvent subliminal » entre l’homme et le paysage.

Partant du constat «rien n’est nulle part et les noms de lieux sont partout », les deux chercheurs divisent leur essai en deux parties contenant chacune plus d’une centaine de brèves rubriques d’une demi-page, où ils extraient, à l’aide de citations littéraires ou autres, la poésie ou l’ironie, souvent occultée, de plus d’un milliers de noms de lieux du Québec, ou du reste du monde.

Dans «Rien n’est nulle part », cette première partie qui débute par un « Aller-retour » (ou « du bon usage du palindrome en toponymie » : Laval au Québec, ou Anahanahana à Madagascar), et s’achève une « Zoologie » inspirant ce bréviaire toponymique :  Sault-au-Mouton, Rivière-du-Loup, rapides du Cheval Blanc, baie de Mille-Vaches, les auteurs nous enseignent que tout, vraiment tout, a été pensé et exprimé en toponymie.

On dénature les « mots », faisant de noms communs des noms propres (La Prairie, Le Havre, Le Cap, Détroit,…).  On souligne, spontanément, une « forme » (« de la forme nait l’idée » : 25 « lac Lunettes » au Québec, 50 « lac en Cœur », 30 « lac Culotte » !).  On inculte la « géométrie » (le Québec est découpé en 50 «lac Carré », 20 « lac Triangle », 3 « lac Rectangle », et un « lac Losange »), et les variations du « temps » : lac Ensoleillé, lac Venteux, rivière aux Éclairs, anse aux Grêlons,…

On peut (rubrique « chiffres ») y apprendre à compter, du lac Solitaire, Deux-Montagnes, Trois-Rivières, les Quatre-Chemins, jusqu’au lac Cent-Piastres et la rivière des Mille Îles, tout en insistant, également (rubrique « magie »), sur le symbolisme magique du chiffre sept en toponymie («les sept collines » de Rome, Sept-Îles, …).

Il y a, bien sûr, des noms « coups de cœur » en toponymie :  rue du Soir-d’Hiver, chute de la Cédille, passage de la Demi-Lune, mais, aussi, des « exclamations » : baie des Ha ! Ha !, lac J’arrive, lac Et Vlan !, lac J’En-Peux-Plus, lac Enfin, de “l’expressivité » : lac Mordu, Come-By-Chance (sur l’île de Terre-Neuve), mont de la Sentinelle Solitaire, ou de la « musicalité » : le gong de « Carcassonne », la sonnerie du village de Ding Dong, au Texas, la vibration des voyelles et des consonnes dans « Samarcande » et « Tombouctou ».

La toponymie s’introduit en « gastronomie ».  Elle se mélange dans la « crème vichyssoise », la «crème florentine », le «potage Crécy ».  Elle encourage, en outre, la « prétention », avec ce mont Élie, « l’Everest de Charlevoix », ou ce Salaberry-de-Valleyfield, qui se dit « la Venise du Québec ».

Henri Dorion et Marc Richard nous réconforte en précisant (rubrique « disparition ») qu’une fusion municipale ne mène pas à un élagage toponymique.  Sillery, Jonquière, Arvida ne disparaissent pas du discours.  « On ne peut anéantir le nom d’une chose, d’une personne ou d’un lieu. C’est la mémoire en mouvement qui en décide, au bout du compte ».

Ils nous proposent, de plus, des trucs mnémotechniques pour disposer les trois républiques baltes (du nord au sud), ou les cinq grands fleuves de Russie (de l’ouest vers l’est) sur les cartes géographiques.

Dans « Goulag », ils font défiler, en série de chapelets, ces noms tragiques :  Vorkutlag, Bamlag, la Kolyma, Vorkuta,…   Dans « Brel », ils parcourent l’itinéraire géographique de l’artiste belge chantant son «Plat pays » et donnant vingt prénoms à Paris.

La toponymie n’a parfois pas de « sens » (un nom doit-il toujours signifier quelque chose :  sentier des Orties-de-Limoges ?), nait souvent de « malentendus » (un « Château-Bigot » que n’a jamais habité Bigot), ou mène à des « rencontres » insolites ou bienvenues : une rue Churchill rencontrant une rue de la Victoire, à Québec, ou, dans les environs de Paris, une rue de l’Hôpital conduisant à la rue du Cimetière,

Dans leur deuxième partie :  « Et les noms de lieux sont partout », nos deux savants passionnés, Henri Dorion et Marc Richard, nous attestent que la toponymie est cet incontournable chaînon entre l’orientation et la mémoire, entre le « voir » et le « dire ».

Lire une carte géographique, c’est lire une réaction face à un lieu, un souhait, une illusion (rubrique « Cap Diamant », « faux comme des diamants du Canada »), une déconvenue (« Lachine »), ou simplement un devoir de mémoire, quelquefois dissimulé (« Arvida », cachant un nom de personne : Arthur Vining Davis, fondateur de l’Alcan, ou cet euphémisme de gibet : l’Arbre-Sec, à l’origine de plusieurs noms de rue de France, ou, mieux encore, cette avenue L’Isle-Dieu, à Québec, clin d’œil à l’île d’Yeu (où est mort, en exil, Philippe Pétain) d’un ancien maire de Sainte-Foy, admirateur du maréchal.

Pas de cachotteries chez ces citoyens des États-Unis qui baptisent leurs villes de noms moralisateurs : Wisdow, Paradise, Purgatory.  Des gens, en 1984, d’une communauté de Californie ont volontairement cherché à détrôner Zybra, dans l’Oklahoma, en fin de liste du classement alphabétique des toponymes américains, en adoptant comme nom, pour leur petit patelin, Zzyzx.

Mais quelle explication peut-on trouve à ces appellations contradictoires :  lac Pas d’eau ou montagne Plate ?   Les vingt-deux « lac Inconnu », au Québec, n’ont pourtant rien d’inconnus ?

Faut-il trouver une volonté œcuménique à ce Saint-Évariste-de-Forsyth (liant ce bon pape Évariste à un franc-maçon James Bell Forsyth) ?  Si l’irrespect est bien volontaire dans cette rue Impasse Satan narguant le passage Dieu, voisin, à Paris, l’intention est-elle aussi coupable dans ce Bas-de-Sainte-Rose, au Québec, ou pour cette rue de la Branlette, à Saint-Jean-Port-Joli, qui aboutit directement à la route de l’Église ?

Une anse aux Fesses accueille de mauvaises fréquentations en Haute-Côte-Nord, tandis qu’un détroit des Fesses Serrées, sur la rivière aux Outardes, nous avertit de bien nous tenir, tout comme, ailleurs au Québec, les passes des Grosses-Vagues.. et la passe des Noyés.

Le lieu baptisé Pic de l’Aurore, à l’extrême pointe de la péninsule gaspésienne, est bien nommé (se teintant de rose au soleil levant) nous certifie les deux auteurs, qui nous vantent, également, l’expressivité (trois syllabes qui font « boîte à musique », un « art du son ») du toponyme (de « l’eau coulant de partout ») Rivière-Ouelle.

Applaudissons, enfin, l’humour (involontaire ?) des gens de Matane qui ont doté leur ville d’une avenu du Phare-Ouest (la section ouest de la principale artère de la cité, l’avenue du Phare).

Ce ne sont que quelques-uns des milliers de trésors de la toponymie, déterrés par ces amoureux des mots Henri Dorion et Marc Richard.

–          Nommer le monde.  Essai de toponymie d’ici et d’ailleurs.  Henri Dorion et Marc Richard, Fides

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