16Août
Christian Vachon
Histoire

La vraie Histoire s’écrit avec un petit «h »

Guillaume Mazeau s’insurge.

Lui, l’universitaire, spécialiste de la Révolution française, auteur, en 2019, avec Laurence De Cock, d’une Histoire comme émancipation, constate, et c’est, à la fois, réjouissant et désolant, que l’histoire triomphe aujourd’hui, mais une histoire divertissante, une histoire fantasmée, une histoire pasteurisée, sans fonction sociale, et où « la révolution n’est plus une option ».

Guillaume Mazeau réagit.  Dans Histoire, une bref pamphlet d’une centaine de pages, des pages bien senties, raisonnées, publié, ce printemps, chez l’éditeur Anamosa, il conte que la seule façon de réduire à l’impuissance ceux  qui minimisent le pouvoir émancipateur de l’histoire est de faire de celle-ci une activité sociale partagée où l’histoire scientifique tient une place particulière, mais non isolée, ni exclusive, et de tenir comme choses évidentes que « l’histoire n’est le privilège de personne », que la vraie Histoire s’écrit avec un petit « h ».

Guillaume Mazeau est, donc, loin d’être emballé par cette Histoire avec un grand « H » diffusée actuellement, celle qui enseigne que la civilisation se trouve du côté des réformes, celle qui a fonction civique plutôt sociale, celle qui doit faire « consensus », nous guider vers le « vivre ensemble ».

C’est que cette politique du « consensus mémoriel »  a joué un rôle dans « le retournement des références historiques », ouvrant paradoxalement un boulevard « à ceux qui prospèrent sur la mise en charpie de l’histoire » : les nationalistes.

Les régimes autoritaires, surtout, avec ce Turc Ergodan cavalcadant en tête, tirent le plus grand profit de ce « consensus fabriqué auquel s’alimente le confusionnisme ambiant ».  Mais les démocraties libérales, loin de là, ne parviennent pas à s’immuniser de ce « poison identitaire » prospérant dans ce passé devenu « valeur refuge », fait d’histoire fétichisée, d’histoire patrimoniale.

Et lorsqu’un historien, jugé non orthodoxe, tente de contrer ce « poison identitaire », il est immédiatement dénoncé comme un « ennemi de l’intérieur », un destructeur de l’identité nationale.

Guillaume Mazeau identifie, toutefois, des alliés inattendus à ce combat des historiens « hérétiques » contre l’histoire « conservatrice ».  Ils se recrutent chez ces gens qui pratiquent  cette forme d’appropriation populaire de l’histoire, tels ces petits collectionneurs qui « racontent et défendent une autre histoire de la vie quotidienne », une histoire « qui ne prend pas le peuple pour objet, mais s’écrit avec lui et pour lui ».  Ces collectionneurs pointent les « failles de l’histoire savante », réécrivent une histoire collective « au ras du sol ».

Trop nombre d’universitaires méprisent ces formes populaires de l’histoire.  Trop nombre de savants, dénonce Mazeau, et ils en paient le prix, « ont accrédité l’idée selon laquelle ils écriraient une histoire sans le peuple, par-dessus le peuple, et même contre le peuple ».

En s’isolant du monde profane, l’historien le dénature.  « L’histoire ne se diffuse pas depuis le haut de la société comme par effet de ruissellement, perdant de sa pureté au fur et à mesure que la connaissance serait filtrée par les usages sociaux.  C’est toute la société qui fabrique du passé.  Dans cette construction collective, les savants et leur outillage défendent une conception exigeante de l’histoire, mais minoritaire et faillible ».

L’historien, en fait, doit assumer pleinement son rôle de passeur, arrimer l’histoire savante au monde social, tisser des liens entre le passé et le présent. « L’histoire scientifique n’a pas besoin d’une majuscule, mais d’une méthode.  C’est peu et beaucoup à la fois.  C’est à cette condition que l’histoire peut jouer un rôle comme art démocratique ».

On ne fait pas de l’histoire innocemment.  « L’histoire qui se dit scientifique parce qu’elle est neutre et sourde au bruit du monde est généralement une histoire conservatrice qui se dissimule sous une fausse définition de la science, ou une histoire qui tourne à vide ».

Ne pas prendre position, c’est prendre position.  L’histoire est publique par définition.  « Elle prend tout son sens et son utilité lorsque les historiens assument d’exercer leur fonction sociale », et permettent aux laissés-pour-compte, aux opprimés, « de se réapproprier l’histoire et de porter celle-ci sur la place publique ».  Cette histoire, vraiment émancipatrice, doit surtout « tourner le dos à toutes sortes de romans nationaux, qu’ils soient de droite ou de gauche ».

Guillaume Mazeau invite, bien sûr, l’historien à trouver le meilleur compromis entre l’engagement et la nécessaire distanciation, à alterner entre les moments d’intervention, nécessaires au travail de vigilance… et les périodes de retraite.  « Il faut savoir appuyer sur le frein ».

Le chercheur qui écrit cette histoire, avec un grand petit « h », continue à l’exercer, par simple plaisir intellectuel, sans abdiquer son esprit critique.  Mais il accepte « de prendre part à l’histoire commune », de partager surtout, avec ces contemporains, ce qu’il devrait « mieux savoir que quiconque :  qu’il y a toujours des raisons d’espérer ».

–          HistoireGuillaume Mazeau, éditions Anamosa

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