24Juin
Christian Vachon
Politique

Indiscret État français

Rien, n’y personne, n’échappe à la surveillance de l’État français et de sa Police.  Aucun citoyen n’est au dessus de tout soupçon.  L’historien Bruno Fuligni, qui se taille une solide réputation de «dénicheur d’insolites » grâce à ses publications récentes (Atlas des zones extraterrestres, Les guerres stupides de l’histoire, …), nous en livre une belle preuve avec cette publication, en format poche chez Folio, de Dans les archives inédites du ministère de l’Intérieur.  Un siècle de secrets d’État (1879-1945).

Rien de plus irrésistibles, pour un esprit curieux comme celui de Fuligni, que de fouiner parmi ces 228 boîtes noires, maintenant ouvertes au public, du Fonds Panthéon : les fichiers, montés entre 1870 et 1945, du ministère de l’Intérieur,  l’héritier de l’ancien ministère de la Police Générale, chargé d’assurer la « stabilité du pays ».   Pour cette « police politique »,  vigilante et active, tant dans les gares que les hôtels, s’occupant aussi bien de sécurité intérieure que de contre-espionnage,  rien n’est étrangère, le lecteur en fait le constat, à son indiscrète curiosité, attentat contre un homme d’État, ou adultère de passage, scandale financier, ou tentative de chantage.  Car sa mission prime tout : repérer les accointances et les faiblesses des citoyens turbulents, l’ancien communard ou la courtisane de la Belle Époque, le révolutionnaire russe en exil, ou le futur président de la République, qui peuvent ébranler les piliers de l’État français.

Fuligni, en sélection les plus remarquables de ces dossiers « secrets », une quarantaine, nous fait revivre, par la même occasion, « sept décennies de convulsions politiques et sociales ».

Des assassinats sont observés, et revus,  sous l’œil scrutateur du ministère de l’Intérieur :  celui du président Carnot, en 1894 (« qu’a-t-on fait du foie » du chef d’État disparu ?), de Doumer, en 1932 (« une manipulation de Staline ? »), du roi de Yougoslavie, à Marseille, en 1934 (commandité par les séparatistes croates, les Oustachis ?), ou celui, raté, en 1943, par les « terroristes » (les FTP :  les francs-tireurs et partisans), contre le « collabo » Marcel Déat.

Que savait-on, aussi, au ministère, sur ces autres drames, ces coups d’éclats : le scandale du Panama, dans les années 1890, menant, entre autres, à la chute de Clémenceau («le député du Var est absolument fini comme homme politique », note un clerc du département), l’Affaire Stavisky, quatre décennies plus tard (où figure dans le dossier une photo anthropométrique, datant de 1918,  d’un « indicateur de police » : l’escroc mondain « Monsieur Alexandre » Stavisky), ou cette escroquerie au coffre-fort, «les millions de Thérèse Humbert », qui émeut la haute-bourgeoisie, et met « en joie les classes populaires » ?

Des dizaines de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur partent aussi, en 1919, à la recherche des victimes de Landru, «les grandes inconnues de cette affaire que seule la police a bien voulu prendre au sérieux ».

Cette police monte aussi un siège (qui va durer plus de trente jours), au mois d’août 1899,  en plein Paris, contre ce « Fort Chabrol », vaste hôtel blindé (on retrouve le plan détaillé des lieux dans une boîte noire du fonds) de Jules Guérin et de sa ligue antisémite, devenue trop « arrogante » à la suite de l’Affaire Dreyfus.

Le ministère semble intrigué, également, par le vain combat («il prêche dans le désert ») du sénateur Bérenger (« le père La Pudeur ») contre la prostitution et la « licence des rues » (le politicien tente, depuis 1910, de récupérer un dossier de photos « jamais remis par un député »), et cette revue La lanterne des frères Ucciani, des maîtres-chanteurs qui vivent, depuis 1909, d’informations « qu’ils ne publient pas », des «on-dit » roses , des rumeurs « qu’on peut interrompre » (« on dit que Charlotte Debray est une fervente du culte de Lesbos… »).

Jean Allemane, syndicaliste, envoyé, en 1871, au lendemain de la « semaine sanglante » de la Commune parisienne, en Nouvelle-Calédonie, au pénitencier, reste, jusqu’à sa mort, en 1935, « un suspect, un rouge, un communard ».   Les « bolcheviks mondains »,  Isadora Duncan et le poète russe Serge Essenine, font l’objet d’une surveillance lors de leur voyage de noces, en 1923.  On note, entre autres, le « désarroi profond » du mari.

Il n’y a pas que les gauchistes qui suscitent la méfiance.  Le futur maréchal Foch, aux fortes convictions religieuses,  est considéré, en 1915, « dangereux pour la République « .  On le surnomme le « général catholique ».

Le ministère de l’Intérieur enquête aussi sur les grands capitalistes, notamment André Citroën et ses méthodes atypiques, ainsi que le marchand de canons, « l’homme mystérieux de l’Europe » (« d’où vient sa fortune ? ») Basil Zaharoff.

Un rebelle vieillissant comme Garibaldi fait suffisamment tremblé, en 1875, le ministère de l’Intérieur (l’Italien désire, semble-t-il, secouer encore le « joug clérical et monarchique » de la France) pour qu’on infiltre, à Rome, son entourage.

Près de trente ans plus tard, un autre Italien, un jeune agitateur anarchiste, de passage en Haute-Savoie, est l’objet, en 1903, d’un dossier :  Benito Mussolini (sa photo anthropométrique, chevelue, est reproduite en page couverture de l’ouvrage).  En 1922, on le considère toujours comme un «bolchéviste latin ».

Les « bolchévistes » en exil, un Lénine, « chef des maximalistes » en 1914, un Trotski, réfugié en France, en 1933 (avec une reproduction d’une lettre, dactylographiée en français, et signée par lui, où il veut obtenir, d’un député, un droit de séjour dans l’Hexagone), sèment, bien sûr, l’émoi au sein des polices secrètes.

Enfin, le ministère cache bien à-propos, en 1945, un dossier d’un officier français, inscrit au BDI (le bulletin des « déserteurs et insoumis »), encore sous le joug, théorique, d’une menace d’arrestation, lancée en 1940, et d’une déchéance de nationalité.  Bien des pièces gênantes (ou « accablantes » pour la police) on, parait-il, disparu de la boîte noire inscrite Charles de Gaulle.

–  Dans les archives inédites du ministère de l’Intérieur.  Un siècle de secrets d’État (1870-1945).  Bruno Fuligni, Folio (Gallimard)

Fermer

Service aux
institutions

T 418 692-1175, poste 2 F 418 692-1021 Courriel

Commandes
internet

Courriel

Événements littéraires,
publicité, dons et commandites

Courriel

Vieux-Québec

  • 1100, rue Saint-Jean
  • Québec (QC) Canada
  • G1R 1S5
T 418 694-9748 F 418 694-0209 Courriel

Heures d'ouverture

Horaires d'été

Du dimanche au mercredi

9h30 • 18h00

Du jeudi au samedi

9h30 • 20h00

Saint-Roch

  • 286, rue Saint-Joseph Est
  • Québec (QC) Canada
  • G1K 3A9
T 418 692-1175 F 418 692-1021 Courriel

Heures d'ouverture

Horaires d'été

Tous les jours

9h30 • 19h00

À propos

Fondée en 1972, la Librairie Pantoute, dont les deux succursales sont agréées, compte, au total, plus de 50000 titres en inventaire.  Elle est membre de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et du regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

En 2012, elle célébre ses 40 ans d’existence. En 2014, la Librairie et Le Studio P deviennent la propriété de leurs employés qui se sont regroupés sous forme d’une corporation et d’une coopérative. La Librairie compte une trentaine d’employés.

Services

  • Service aux institutions

La Librairie Pantoute offre un service personnalisé, courtois, efficace et rapide aux institutions publiques et privées.

Service de commandes

– Suivi rigoureux de vos commandes et de votre budget
– Commandes spéciales (Europe et États-Unis)
– Réservations automatiques de séries BD
– Commandes en ligne de livres papier et numériques
– Livraison rapide et gratuite dans la région de la Capitale Nationale (des frais sont à prévoir pour le reste du Québec)

Service de recherches

– Recherches bibliographiques avancées
– Suggestions d’ouvrages selon vos besoins
– Envois de livres en consignation

Visites en librairie

– Nous vous accueillons en librairie ou dans notre salle de montre de la succursale Saint-Joseph
– Conseils de nos libraires spécialisés
– Présentations sur des thèmes ou des genres précis chez nous ou chez vous!

Institutions Hors-Québec

– Rabais de 15 % sur la plupart des livres
– Livraison rapide
– Service bilingue

Pour information.

  • Service aux particuliers

– Service-conseil personnalisé
– Commandes de livres et commandes européennes
– Recherches bibliographiques avancées
– Compte de fidélité

  • Commandes Internet

– Commandes en ligne de livres papier et numériques sur pantoute.leslibraires.ca

  • Événements littéraires

La Librairie croit que son rôle de diffuseur culturel auprès de la population est important. C’est pourquoi elle organise régulièrement des événements littéraires tels que des lancements de livres, des séances de signature et des causeries.

Pour information.

Inscrivez-vous à notre infolettre

Menu Rechercher
MamboMambo