19Juin
Christian Vachon
Géographie

Sedang, Sazan et autres contrées insolites dont vous n’avez jamais entendu parler

Obock, Cap Juby, le Kioutchou, la Roumélie orientale ; ces noms n’évoquent certainement pas grand-chose pour vous.

Ce sont pourtant des États indépendants, des territoires plus ou moins souverains, rayés de la carte au cours des siècles  précédents, et qui ont, comme preuve de leur existence, d’avoir émis des timbres.  Même brèves, les histoires de ces contrées, que ce soit la Carélie orientale, le Hatay, le Mandchoukouo, ont de quoi susciter l’étonnement.

Elles sont parfois loufoques, elles sont parfois tragiques (souvenons-nous du Biafra), elles sont toujours instructives.    Un Norvégien,  Bjorn Berge, nous en livre une preuve éclatante dans un magnifique album, un enchantement pour l’œil et l’esprit, un petit chef d’œuvre d’érudition, traduit dans plusieurs pays, Atlas des pays qui n’existent plus.  50 États que l’histoire a rayés de la carte, publié, chez Autrement, cet hiver 2020.

L’auteur possède, depuis son plus jeune âge, l’ambition « de conquérir le globe ».   Il le fait, à sa façon, en « laissant le monde venir à lui », en collectionnant, par exemple, des objets rejetés par les flots : « des artefacts empreints de voyage », ou, tout simplement, des timbres.   Des choses l’intriguent sur ces derniers.  Certains d’entre eux, plus d’une cinquantaine,  proviennent de pays mystérieux, inconnus :  Labuan, Alwar, Corrientes.  Bjorn Berge, le passionné d’histoire, va mener une enquête.

Il rassemble , dans cet atlas, cinquante récits stupéfiants, des histoires d’abus de pouvoir ou de manipulations politiques, comme ce Sud-Kasaï,  trésor minier, séparé du Congo indépendant au début des années soixante,  des histoires de territoires européens jonglant entre deux nationalités comme le Schleswig et Allenstein, des histoires de royaumes éphémères comme ce Sedang, au cœur de l’Indochine.  « Quelles que soient les raisons qui poussent à fonder un nouveau pays, un schéma semble se reproduire inlassablement à travers le fil de l’histoire :  l’opération fonctionne un moment, parfois quelques jours, parfois un siècle entier, mais au bout du compte, toujours la chute attend patiemment son tour, aussi évidente qu’implacable ».

Il nous conte, donc, la destinée plus ou moins glorieuse, plus ou moins pathétique, de ces cinquante pays, du Royaume des deux-Siciles, un refuge « d’aristocrates fatigués », qui achève son existence en 1860, jusqu’à ce sultanat du Haut Yafa, supprimé, à l’automne 1967, par un Yémen du Sud à velléités socialistes.

Au cœur de chacun de ces récits, il y a un timbre, un timbre souvent «instrument de propagande », à l’exemple de celui de l’Iquique (territoire en litige entre le Chili et le Pérou) dont la production accompagne l’avancée victorieuse des troupes chiliennes lors du conflit contre son voisin péruvien, ou celui imprimé par les Britanniques, à Mafeking, assiégée par les Boers, en Afrique du Sud, en 1899, afin de démontrer que « la société fonctionne à merveille ».

Les timbres sont, parfois, absolument extraordinaires, excentriques,  des timbres en losange, en trapèze, avec des chameaux, des yaks, comme ceux produits (à Moscou) pour le Tannou-Touva (1921-1944), un pays fermé entre la Mongolie et l’Union Soviétique, ou parfois particulièrement laids, imprimé sur du « papier sale et usé », comme ceux, de 1890, du Nandgaon, état princier des Indes.

Même la colle nous instruit.  Berge nous apprend que celle des timbres de l’Hedjaz (1916-1925) «a l’amer goût de fraise », tandis que celle des impressions du Gouvernement russe du Sud (1919-1920) a une saveur « prononcée de cadavre de cheval bouilli ».

Berge ne s’étonne guère du regard effrayé, angoissé, de la jeune souveraine Victoria sur les timbres de la Terre de Van Diemen, une île (rebaptisée Tasmanie, en 1856) servant de… colonie pénale, tout comme il prend plaisir à dévoiler « l’acte de sabotage » de dessinateurs locaux qui ont réussi à dissimuler un minuscule « V » (pour « Victory »), en coin inférieur, dans les timbres produits aux îles Anglo-Normandes lors de l’occupation allemande, entre 1940 et 1945.

Au-delà du timbre, des témoignages individuels, souvent littéraires, nous document sur la vie troublée de ces endroits.  Julio Florez conte, en 1899, les charmes de l’État souverain de Boyaca (1863-1903), voisin de la Colombie, avant d’en être chassé pour blasphème ; un géomètre norvégien observe, en 1898, la culture boer dans l’État libre d’Orange (1854-1902) ;  Le Guépard, classique de Tomasi di Lampedusa, narre la fin des Deux-Siciles ; Saint-Exupéry pilote son avion vers le Cap Juby (1916-1956) dans Courrier Sud ;  Gabrielle D’Annunzio poursuit ses folles aventures futuristes dans l’État libre de Fiume (1919-1924) ; Günter Grass célèbre, dans son Tambour, la résistance de la poste centrale polonaise de la « ville libre » de Dantzig (1920-1939) à l’envahisseur allemand, en septembre 1938, alors qu’on entrevoit, lors de la fuite de Lara, dans le Dr Jivago de Boris Pasternak, la fin pitoyable de la République d’Extrême-Orient (1920-1922).  Les traces, mêmes anecdotiques, de l’existence de ces pays sont finalement multiples.

Enfin, bien sûr, il y a le verdict de la grande histoire, le « pourquoi ils n’existent plus ? ».  Bjorn Berge se transforme en juge, souvent impitoyable.

Quelles chances accordées au Labuan (1846-1916), ce « trou perdu » en mer de Chine orientale, ou au Sazan (1914-1944), une île, près de l’Albanie,  occupée par les Italiens, « l’endroit le plus cafardeux du monde » ?   Pouvait-on parier sur la survie de la Roumélie orientale (1878-1908), simple opération bureaucratique cogitée par les Britanniques pour diminuer les tensions dans les Balkans, ou de cette utopie anarchique de Sainte-Marie de Madagascar (1894-1896) ?

Et si la promesse de gains mirobolants par un imprimeur britannique («ils vont faire rêver les collectionneurs du monde ») pousse le sultan du Haut Yafa à célébrer de façon –très éphémère- son indépendance, le 30 septembre 1976, par l’émission de dix timbres, ni le Nouveau-Brunswick (un « pays » « d’une désolation accablante, aux invariables forêts de pins à perte du vue » qui va, tout de même, émettre onze timbres ), ni l’île de Vancouver ne pourront résister aux chants de sirènes de la grande fédération canadienne.

Et bien qu’on puisse attribuer le titre de « fiasco total » à cette épouvantable expérience du Territoire de l’Inini (1931-1948), colonie de bagnards française, au cœur de l’hinterland guyanais, l’aventure coloniale allemande au Kiautschou (1898-1914), bien qu’aussi téméraire, a tout de même laissé un héritage remarquable, autre qu’un timbre émis en 1900 :  la bière chinoise Tsingtao, un exemple, parmi tant d’autres, de ne pas rayer de nos mémoires trop rapidement ces pays « rayés de la carte ».

–  Atlas des pays qui n’existent plus.  50 États que l’histoire a rayés de la carte.  Bjorn Berge, Autrement.

Fermer

Service aux
institutions

T 418 692-1175, poste 2 F 418 692-1021 Courriel

Commandes
internet

Courriel

Événements littéraires,
publicité, dons et commandites

Courriel

Vieux-Québec

  • 1100, rue Saint-Jean
  • Québec (QC) Canada
  • G1R 1S5
T 418 694-9748 F 418 694-0209 Courriel

Heures d'ouverture

Horaires d'été

Du dimanche au mercredi

9h30 • 18h00

Du jeudi au samedi

9h30 • 20h00

Saint-Roch

  • 286, rue Saint-Joseph Est
  • Québec (QC) Canada
  • G1K 3A9
T 418 692-1175 F 418 692-1021 Courriel

Heures d'ouverture

Horaires d'été

Tous les jours

9h30 • 19h00

À propos

Fondée en 1972, la Librairie Pantoute, dont les deux succursales sont agréées, compte, au total, plus de 50000 titres en inventaire.  Elle est membre de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et du regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

En 2012, elle célébre ses 40 ans d’existence. En 2014, la Librairie et Le Studio P deviennent la propriété de leurs employés qui se sont regroupés sous forme d’une corporation et d’une coopérative. La Librairie compte une trentaine d’employés.

Services

  • Service aux institutions

La Librairie Pantoute offre un service personnalisé, courtois, efficace et rapide aux institutions publiques et privées.

Service de commandes

– Suivi rigoureux de vos commandes et de votre budget
– Commandes spéciales (Europe et États-Unis)
– Réservations automatiques de séries BD
– Commandes en ligne de livres papier et numériques
– Livraison rapide et gratuite dans la région de la Capitale Nationale (des frais sont à prévoir pour le reste du Québec)

Service de recherches

– Recherches bibliographiques avancées
– Suggestions d’ouvrages selon vos besoins
– Envois de livres en consignation

Visites en librairie

– Nous vous accueillons en librairie ou dans notre salle de montre de la succursale Saint-Joseph
– Conseils de nos libraires spécialisés
– Présentations sur des thèmes ou des genres précis chez nous ou chez vous!

Institutions Hors-Québec

– Rabais de 15 % sur la plupart des livres
– Livraison rapide
– Service bilingue

Pour information.

  • Service aux particuliers

– Service-conseil personnalisé
– Commandes de livres et commandes européennes
– Recherches bibliographiques avancées
– Compte de fidélité

  • Commandes Internet

– Commandes en ligne de livres papier et numériques sur pantoute.leslibraires.ca

  • Événements littéraires

La Librairie croit que son rôle de diffuseur culturel auprès de la population est important. C’est pourquoi elle organise régulièrement des événements littéraires tels que des lancements de livres, des séances de signature et des causeries.

Pour information.

Inscrivez-vous à notre infolettre

Menu Rechercher
MamboMambo