19Juin
Christian Vachon
Histoire

Propos indignés d’un ex-felquiste

Robert Comeau a vécu une jeunesse turbulente.  Il était felquiste en pleine Crise d’octobre.  Il n’a guère jasé à ce sujet au cours de sa vie.  Cela lui a causé tort ; toutes sortes de faussetés se répandirent sur lui.

Il décide finalement, près de cinquante ans plus tard, pour le bien de son fils, pour ceux de ses petits-enfants, de rétablir la vérité en racontant cette période clandestine de sa vie à son ami, à son ancien collègue de l’UQAM Louis Gill, dans Mon octobre 70 : la Crise et ses suites, paru, cet hiver 2020, chez VLB éditeur.  Il nous invite à partager son indignation, celle d’un homme maltraité, manipulé par une informatrice de la police, trahi par un ami, bafoué par un écrivain réputé.

Un certain « romantisme révolutionnaire », ainsi que l’échec du Parti québécois aux élections d’avril 1970, faisant la preuve que « la voie électorale ne permettra jamais à une formation indépendantiste d’accéder au pouvoir », poussent le jeune enseignant d’histoire –il est né en 1945- Robert Comeau, pour qui indépendance et socialisme vont de pair, à se lancer dans l’aventure du FLQ en mai 1970.

Il n’a pas l’impression d’adhérer à une grande organisation.  Il travaille plutôt avec un petit groupe, sans grands moyens, sans réel contact avec les autres réseaux.  Dès la fin de l’été, toutefois, on les invite à cesser leurs activités, à se faire discret, car il ne faut pas « nuire à l’offensive d’automne qui se prépare ».

Ne possédant pas de compétences techniques pour réaliser certaines « spécialisées »,  Comeau se retrouve intégré à la cellule d’Information Viger, servant d’appoint à la cellule Libération (celle qui va enlever James Cross, l’attaché commercial de la Grande-Bretagne, à Montréal).  Au cours des trois mois de la Crise (d’octobre à décembre), il va rédiger, ou transcrire, et livrer quatre communiqués , dont le dernier, le 15 décembre, proclamant que le « FLQ n’est pas mort ».

Il n’a jamais compris, alors, pourquoi lui, et les autres membres de la cellule, n’ont pas été arrêtés (il n’a, par la suite, « jamais été formellement accusé de quelque acte délictuel que ce soit, ni été incarcéré »), sans doute, croit-il, la police les a laissés en paix, croyant pouvoir, grâce à eux, remonter jusqu’à « l’hypothétique chef du FLQ », ou repérer d’éventuelles caches de dynamite.

C’est au cours de cet automne 70 que Comeau fait la connaissance de Carole Devault.  La dame se fait insistante.  Ce n’est pas lui qui l’a amenée au FLQ, c’est elle qui est « venue à lui ».  Il se fait embobiner, multiplie les imprudences à cause d’elle.  Il commence à s’interroger, un peu trop tard :  « serait-elle une informatrice de la police ? ».

Elle l’est.  En fait, dès 1971, la SPVM (le service policier de la ville de Montréal) n’infiltre pas seulement le FLQ (incitant des militants à poser des gestes criminels, des vols de banques et de dynamite), elle crée même de fausses cellules, tentent de salir la réputation de Noël Vallerand par de faux communiqués.

« Pas mort » le FLQ ?   Il est moribond.  Le « groupe Comeau », supposément actif, est une invention de toute pièce de l’agente provocatrice Carole Devault.  La tentative de vol de banque ratée de Mascouche, le 24 septembre 1971, menant à la mort de Pierre-Louis Bourret, est le dernier clou sur son cercueil.

Désabusé, Comeau tourne le dos à l’indépendantisme, préférant s’activer dans un autre mouvement révolutionnaire : En lutte ! (« la révolution ne peut pas être uniquement québécoise, mais doit-être menée à l’échelle canadienne »), une longue dérive politique, admet-il, qui durera jusqu’en 1982.

Entre-temps, sa dignité subit un dur coup lors du verdict, le 27 novembre 1979, de la commission d’enquête Keable (sur les opérations policières en territoire québécois).  On lui confirme qu’il a été réellement dupe des services policiers, dupe de Carole Devault.  Il apprend aussi que son ami, son compagnon de combat François Séguin, l’ancien camarade du FLQ qui l’a accompagné au groupe En lutte !, l’observe, depuis huit ans (sans doute recruté par Devault) pour la police.  Cette révélation sur Séguin est le « pire choc de sa vie ».  Il est terrassé, doit entamer une thérapie qui dure près de deux ans.

Il parvient tout de même, « malgré les mille questions sur le FLQ auxquelles il ne trouve pas de réponses », à se réinsérer dans la vie normale, à jouer un rôle actif social en se consacrant, avec talent, pendant plus de trois décennies, à l’UQAM, à l’enseignement, et à la diffusion, de l’histoire du mouvement ouvrier.

Il écope, malgré tout, d’un nouvel affront, au début des années 2010, alors que l’écrivain Louis Hamelin, s’amusant à reconstituer l’histoire de la Crise d’octobre, à l’aide du roman La constellation du Lynx, et de Fabrications : essai sur la fiction et l’histoire, s’autorise à lancer des insultes à Robert Comeau, le traitant « d’ancien felquiste d’opérettes ».

Comeau, outragé, ne peut plus rester silencieux.  Il réplique finalement, remet les pendules à l’heure.  La Crise d’octobre n’est pas une « fabrication ».  Hamelin s’est montré imprudent.  Hamelin a tout faux.

Bien des zones d’ombre, toutefois, couvre cette histoire du FLQ et de la Crise d’octobre que Comeau, lui-même, ne parvient pas à éclairer.   Comment Pierre Laporte a-t-il été exécuté ?   L’assassinat, le 29 mars 1971, en banlieue de Paris, de François Mario Bachand, est-il un règlement de compte au sein du FLQ (de fortes présomptions pèsent sur le felquiste Normand Roy, alias Selim, et son amie, mais commandités par qui ?) ?

Si, avec le recul, Comeau condamne l’action terroriste, « un fantasme voué à l’échec » (surtout dans le Québec frileux de l’époque, avec sa population banlieusarde grandissante, entrant dans l’ère de consommation, préoccupée, d’abord, par l’achat de son premier « téléviseur couleur »), il ne remet nullement en question la pertinence des objectifs au nom « desquels ils ont été posés » :  l’indépendance, « l’instrument indispensable de la réalisation du projet de société que nous voulons ».

Il y croit, plus que jamais, d’un façon inconditionnelle.  « Je me refuse à renier l’identité québécoise sous prétexte d’une –nécessaire- ouverture à l’Autre ».  Le multiculturalisme canadien demeure l’ennemi à abattre.

Mon octobre 70 : la Crise et ses suites.  Robert Comeau (avec Louis Gill), VLB éditeur.

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