11Oct
Christian Vachon
Essais

«Nous ne serons plus que des algorithmes obsolètes»

Les troublantes prédictions de l’auteur de Sapiens

Yuval Noah Harari est un intellectuel admirable. Ce professeur d’histoire, enseignant à l’Université hébraïque de Jérusalem, est un pédagogue et conteur des plus brillants et originaux, capable, à partir d’une histoire des pelouses à travers les siècles, de justifier l’utilité de l’étude de l’histoire en général, ou de tirer de la « route de briques jaunes » (la « Yellow Brick Road ») du Magicien d’Oz cet enseignement qu’il faut s’ouvrir aux expériences au fil de notre vie. Yuval Noah Harari, libre penseur n’appartenant à aucune chapelle, aime aussi remettre en question les idées reçues, observant le cours de l’humanité d’un air détaché, sans parti pris, sans alarmisme ni idéalisme. En fait, l’homme n’est pour lui qu’un animal comme les autres, surtout pas l’aboutissement ultime de l’évolution, et il doit être traité comme tel.

Dans Sapiens : une brève histoire de l’humanité, colossal succès international, traduit en 40 langues, retraçant l’histoire de l’humanité, de l’âge de pierre à l’ère de la Silicon Valley, l’universitaire explique comment l’homme finit pas s’imposer, malgré tout, parmi toutes les espèces de la Terre. Avec Homo deus : une brève histoire de l’avenir, publié chez Albin Michel (une traduction de Homo Deus. A Brief History of Tomorrow), délaissant les chemins bien balisés du passé pour piétiner les routes hasardeuses de la futurologie, il nous présente la suite, pas si triomphale, de ce récit.

Inventeur de Dieu, l’homme lui-même se hisse aujourd’hui au rang de Dieu (Homo deus) grâce à sa mainmise des pouvoirs immenses de la biotechnologie et de la technologie de l’information. L’espèce humaine doit toutefois, en ce XXIe siècle, se poser une question : « Qu’allons-nous faire de nous? ». Et la réponse a de quoi inquiéter.

L’humanité est menacée. Elle est menacée non pas par le terrorisme islamique (qui ne fait que bêtement réagir aux bouleversements inévitables), non pas par le réchauffement climatique et autres catastrophes écologiques, mais par la révolution technologique.

L’histoire n’est jamais finie. Un nouveau processus historique est en cours, un processus tranquille qui n’a rien, encore une fois, d’une apocalypse hollywoodienne. « Chaque jour, des milliers de gens décident de confier à leur smartphone un plus large contrôle sur leur vie, ou d’essayer un nouvel antidépresseur plus efficace. Dans la quête de la santé, du bonheur et du pouvoir (la recherche de la béatitude et de l’immortalité étant devenues les grandes finalités d’Homo deus), les humains se mettront à modifier peu à peu un de leurs traits, puis un autre, et encore un autre, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus humains ». « S’il vous plaît, y a-t-il quelqu’un pour donner un coup de frein? », nous prévient Harari.

« Parce que nous avons le choix concernant l’usage des nouvelles technologies, mieux vaut comprendre ce qui se passe et décider avant qu’elles ne décident pour nous », avant que des algorithmes, de plus en plus intelligents, façonnent notre destin, ou même se passent de nous.

Harari raconte alors comment l’humanisme (« le culte de l’humanité ») a conquis le monde, un essor de l’humanisme « qui contient aussi les germes de sa chute ».

Il se penche d’abord sur la relation entre l’Homo sapiens et les autres animaux pour comprendre ce que notre espèce a de si particulier. Seul Sapiens, en fait, est en mesure de coopérer très souplement (contrairement aux fourmis et aux abeilles) avec d’innombrables inconnus. « C’est cette capacité concrète, plutôt qu’une âme éternelle ou une forme unique de conscience, qui explique notre domination sur la planète Terre ».

Sapiens est aussi le seul animal à utiliser le langage pour créer des réalités nouvelles et, à l’aide de l’écriture, des histoires longues et compliquées; d’organiser, en fait, toutes les sociétés de façon algorithmique, en réseaux.

L’historien Harari examine ensuite ce « monde bizarre » qu’a créé Homo sapiens au cours des derniers millénaires. Comment, ultimement, est-il arrivé à croire au credo humaniste?

Si la révolution agricole a donné naissance aux religions théistes, la révolution scientifique a accouché des religions humanistes dans lesquelles les humains ont remplacé les dieux. « Tout ce qui arrive dans le cosmos est jugé bon ou mauvais en fonction de son impact sur Homo sapiens ».

La mort de Dieu ne s’est finalement pas traduite par un effondrement total. L’antidote à une existence vide de sens et de foi nous a été fourni par l’humanisme, un humanisme libéral (sanctifiant la liberté individuelle) qui a fini par dévorer l’humanisme socialiste et évolutionniste. « Aujourd’hui, il n’y a pas de solution de rechange sérieuse au package libéral de l’individualisme, des droits de l’homme, de la démocratie et du marché libre ».

Le conteur Harari nous mène ainsi au début du XXIe siècle, décrivant alors notre situation actuelle « et nos futurs possibles » (« Étudier l’histoire ne nous dira pas quoi choisir, mais cela nous offre au moins davantage d’options »).

Une bombe à retardement localisée dans les laboratoires biotechnologiques risque de faire perdre le contrôle à Homo sapiens. La science du XXIe siècle est en train de miner les fondements de l’ordre libéral et ses « attributs du libre-arbitre ». Les sciences de la vie en viennent à confirmer que l’individu libre « n’est qu’une fiction concoctée par un assemblage d’algorithmes biologiques ».

De nouvelles religions sortent même de ces laboratoires de recherche (« pas des grottes d’Afghanistan ou des madrasas du Moyen Orient ») « pour combler le vide du libéralisme », des techno-religions prêtes à conquérir le monde en promettant le salut par les algorithmes et les gênes : le techno-humanisme (au credo « conservateur » qui voit toujours l’homo sapiens au sommet de la création), mais surtout, plus menaçante et plus vigoureuse, la  « religion des données » – le dataïsme – qui ne vénère ni les dieux, ni l’homme, mais voue un culte aux data, aux données. « Écoutez vos sentiments! », recommandait l’humanisme. « Écoutez les algorithmes! Ils connaissent vos sentiments! », recommande le dataïsme.

Les dataïstes sont sceptiques envers le savoir et la sagesse des hommes. Ils préfèrent se fier au Big Data et aux algorithmes informatiques. L’humanité, pour le dataïsme, n’est qu’un système de traitement de données parmi d’autres, au cœur d’un système en cours de production, plus grandiose, plus efficace, qui a pour nom : « l’Internet-of-All-Things », l’Internet-de-tous-les-objets. « Cette mission accomplie, Homo sapiens disparaîtra ».

Le dataïsme fait subir à l’homo sapiens ce que ce dernier a fait subir à tous les autres animaux. « L’humanité n’aura été qu’une ondulation dans le flux des données cosmiques ».

Comment lutter? Nous devons prouver, à nous-mêmes et au système, que nous avons encore une valeur (et en ayant en tête « que les sentiments ne sont plus les meilleurs algorithmes au monde » : oubliez l’exemple de la Matrix, l’amour ne parviendra pas à vaincre la « machine »). Ensuite, ces événements vont-ils se produire?

Harari est bien au fait du caractère aléatoire de la futurologie. « Nous ne saurions réellement prédire l’avenir parce que la technologie n’est pas déterministe (…). La même technologie pourrait créer des sociétés de nature très différente » (il n’a qu’à voir l’exemple des mondes voisins de la Corée du Nord et du Sud). « Tous les scénarios esquissés dans ce livre doivent être compris comme des possibilités et non comme des prophéties ».

Yuval Noah Harari nous pousse tout de même à ces questionnements : « Notre vie se réduit-elle à des accumulations de données? ». « De l’intelligence ou de la conscience, laquelle est la plus précieuse? (oh la la!, quel dilemme !) », et, finalement, « L’effondrement de l’humanisme est-il réellement catastrophique? ».

« La seule grande constante de l’histoire est que tout change ».

À consulter :

— Yuval Noah Harari, Homo deus : une brève histoire de l’avenir, Albin Michel.

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