13Mar
Christian Vachon
Histoire

Menaces jaunes sur notre belle jeunesse

« La situation est si grave qu’une réaction s’impose. Cette réaction sera fructueuse en autant que tous et chacun, convaincus qu’il n’y a pas de poison plus actif et plus durable qu’un mauvais livre, se donneront la main pour tuer cette littérature obscène. »
L’Écho du Bas-Saint-Laurent, 7 avril 1955.

Associations religieuses et élites politiques, dans la métropole québécoise comme dans le Québec tout entier, vont s’unir et mener un combat contre la « presse pestilentielle », ces journaux jaunes, comme le papier de mauvaise qualité sur lequel ils sont imprimés, qui conduisent à la déchéance corporelle et spirituelle « notre si belle jeunesse » et même « notre nation toute entière » Un combat qui durera vingt ans, de 1955, à l’arrivée au pouvoir à la mairie de Montréal de Jean Drapeau, l’avocat fer de lance de l’encadrement moral de la culture urbaine, jusqu’en 1975, à cette disparition de la majorité des cabarets et des journaux jaunes. Diverses ressources idéologiques, juridiques et autres vont être utilisées pour vaincre cet ennemi, la plus efficace, c’est souvent le cas, étant l’arme économique.

Cette furieuse bataille, trop longtemps méconnue, contre la presse populaire dans les années d’après-guerre est enfin explorée de fond en comble par Viviane Namaste, professeure et chercheure à l’Institut Simone de Beauvoir, dans cette publication hivernale de l’éditeur québécois Septentrion : Imprimés interdits : la censure des journaux jaunes au Québec, 1955-1975, une enquête sur la censure qui donne à réfléchir. Les motivations, les stratégies d’interdiction et les tactiques d’intimidation des censeurs d’hier, ose souligner la chercheure, offrent bien des points de comparaison avec celles d’aujourd’hui. On ne tire jamais assez des leçons du passé.

Réellement menaçante cette presse « jaune » au milieu des années 50? En tous les cas, elle est extrêmement populaire. En 1955, plus de trois cent mille revues et petits livres étaient mis en vente tous les mois à Montréal. Des journaux comme Poubelles et crottins (!) (tirant à 115 000 exemplaires), Ici Montréal (40 000 exemplaires), Flirts et potins, Montréal confidentiel, des journaux traitant des derniers racontars sur les artistes, les cabarets et la vie nocturne, au contenu fortement dominé par la sexualité (Montréal confidentiel titrait en manchette, le 24 septembre 1960 : « Écolière de 14 ans outragée par un « beatnik » dans un motel! »), à la durée de vie souvent éphémères, représentent, tout de même des réussites commerciales. Ils sont achetés et lus par beaucoup de gens au Québec.

Trois éléments vont motiver les élites religieuses et politiques à réagir à cet « envahissement » : sexualité (trop explicite), protection de la jeunesse (menacée de corruption morale) et promotion d’une nation française saine, pure et hautement morale (risquant de tomber en dégénérescence), une « Sainte-Trinité » au service de la censure. Les Ligues du Sacré-Cœur, répondant à l’appel du cardinal Léger, vont se mobiliser contre « ces cloaques d’immondices ». Elles partent à l’offensive armées de cette prière : « Par le Cœur immaculé de Marie, donnez-moi la générosité, l’audace, le cran pour combattre la littérature obscène ». Des listes de publications jugées acceptables sont diffusées dans les médias.

Le Comité de moralité publique de la Ligue d’action civique de Montréal va associer les journaux jaunes au vice, au crime et à la mafia, faisant usage du slogan : « Pas de progrès social sans progrès moral, pas de progrès moral sans progrès social ». Le maire Drapeau lui-même n’hésite jamais à se servir du contenu de ces journaux pour brosser le tableau d’une société en « pleine dégénérescence morale », postulant que ces publications renvoyaient « une image déformée de la ville ». « Leur élimination annoncerait donc le début d’une nouvelle ère ».

Le maire va créer au sein de la ville de Montréal un comité de surveillance de la littérature obscène pour lutter contre ces publications, utilisant l’arme juridique (loi fédérale sur l’obscénité, loi provinciale concernant les publications et la morale publique, règlements municipaux sur le contrôle du contenu de la représentation des écrits,…) « Le simple fait de poursuivre une revue pour obscénité avait des conséquences économiques importantes pour les éditeurs, la compagnie de distribution et leurs vendeurs ». Le chantage aux permis de vente s’avère aussi un outil des plus efficaces.

La ville de Rimouski (cet « exemple à suivre » selon les Ligues du Sacré-Cœur) va parvenir à se « débarrasser de ces déchets littéraires » en utilisant des tactiques semblables à Montréal, nous dévoile Viviane Namaste. Rimouski fait son devoir « pour garder sa réputation excellente » en faisant une bonne application du cadre juridique déjà en vigueur, et en offrant des « avertissements charitables » aux vendeurs de journaux (par l’entremise de visites de groupes religieux) leur faisant signer des « engagements d’honneur ». Tout comme à Montréal, également, une censure prescriptive visant à promouvoir la « bonne lecture» est associée à ce combat.

Viviane Namaste ne manque jamais de souligner la place centrale qu’occupent les enjeux de distribution dans son analyse de la censure. « Le moyen le plus efficace de censurer les revues et autres publications », rappelle-t-elle, « est d’en empêcher la distribution ». Elle cite cet exemple récent de librairies indépendantes lesbiennes et gais canadiennes ciblées par Douanes Canada (excluant l’importation des publications « jugées obscènes »), ou de cet essai Noir Canada d’Alain Deneault qui a fait l’objet de tactiques juridiques pour empêcher sa diffusion. « Sans distribution, c’est ni vu, ni connu ».

La chercheure soulève un autre point ambigu, cette « étroite collaboration entre les féministes et l’Église dans la promotion de certaines images et de certaines idées sur le rôle de la femme au sein de la société québécoise ». Peut-on parler d’une bonne ou d’une mauvaise censure quand il s’agit de lutter contre ces images des femmes sexualisées?

En 2017, comme en 1957, « la protection de la jeunesse continue de se présenter comme raisonnement des pratiques d’interdiction ». Cette rhétorique autorise des pratiques judiciaires perverses, des pratiques « où les accusés sont, à priori, jugés coupables ».

Il est tout de même dommage justement que, sachant même que ce n’était pas la finalité de sa recherche, Viviane Namaste ait laissé dans l’anonymat les éditeurs et les rédacteurs de ces Fouine Fouine, Tabou, Can-can. Un peu de couleur, même jaune, nous aurait fait vibrer. Qui sont-ils? Que défendent-ils? Le combat, pour ces gens, mêmes infréquentables, se justifie-t-il? Une histoire qui reste à écrire.

À consulter :

— Viviane Namaste, Imprimés interdits : la censure des journaux jaunes au Québec, 1955-1975, Septentrion.

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