LA COTE 400
Sophie Divry
2010 , Allusifs (les)
15,50 $
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Description
Elle rêve d'être professeur, mais échoue au certificat et se fait bibliothécaire. Esseulée, soumise aux lois de la classification de Dewey et à l'ordre le plus strict, elle cache ses angoisses dans un métier discret. Les années passent, elle renonce aux hommes, mais un jour un beau chercheur apparaît et la voilà qui remet ses bijoux. Bienvenue dans les névroses d'une femme invisible. Bienvenue à la bibliothèque municipale, temple du savoir où se croisent étudiants, chômeurs, retraités, flâneurs, chacun dans son univers. Mais un jour ce bel ordre finit par se fissurer.
Commentaire
Une bibliothécaire découvre au matin un lecteur qui s'est laissé enfermer pendant la nuit dans l'établissement. C'est le point de départ d'un monologue quasi ininterrompu sur le métier qu'elle exerce. Elle nous présente Dewey(*) de manière fantaisiste et nous découvrons la face cachée des fonctionnaires du livre qui subissent la tyrannie du classement, le devoir de rangement et des visiteurs caricaturaux. Voici un récit truculent dont le lyrisme nous emporte. Sophie Divry nous fait rentrer dans son monde et dans les psychoses de sa narratrice avec un grand talent et un humour décapant. Chaque anecdote historique, professionnel ou encore littéraire est matière à rebondissement et source de jubilation pour le lecteur. A mettre entre toutes les mains des professionnels du livres et des utilisateurs de bibliothèques.
(*) : «La classification décimale de Dewey (CDD) est un système visant à classer l'ensemble du savoir humain à l'intérieur d'une bibliothèque, développé par Melvil Dewey en 1876.» (Wikipedia)
Tania Massault, librairie Pantoute
Avec humour et intelligence, ce morceau bien tourné qu’est La cote 400 dresse le portrait authentique de tout ce qui se trame dans une bibliothèque et de ceux qui y évoluent. Le tout ordonné bien sûr par le grand maître Dewey, celui-là même qui identifia la façon d’organiser le classement de tous ces savoirs livresques. « Savoir se repérer dans une bibliothèque, c’est dominer l’ensemble de la culture, donc le monde. » En arpentant les allées d’une bibliothèque, nous pouvons donc déambuler tranquilles puisque tout a été filtré, déterminé, coté et rangé pour nous.
S’y glisse parfois quelques dérèglements, à commencer par la bibliothécaire elle-même et ses pensées quelque peu mégalomanes. Passionnée par les rouflaquettes, amoureuse de la nuque de Martin, elle trompe sa solitude à la bibliothèque, espérant ainsi élever son esprit et calmer ses angoisses. Elle va même jusqu’à prendre parti dans le combat qui selon elle oppose lecteurs et livres, ce dernier groupe essayant clairement de dominer le premier en occupant de plus en plus l’espace et en réduisant bientôt les autres à l’expulsion.
« Vous vous rappelez : le mois dernier ici il y avait un fauteuil, et là quatre places de lecture. Disparus : remplacés par deux étagères en faux bois pour la cote 960. La contre-révolution est en marche, il faut faire quelque chose. »
Voici que l’employée de bibliothèque nage en plein délire, directement influencée par les plus terrifiants contes de Maupassant, d’ailleurs un des auteurs préférés de l’héroïne. Car je me rappelais bien qu’il y avait quelque part dans Maupassant ces manifestations d’animisme où les objets ont leur vie indépendante. Dans «Qui sait?», on retrouve : «Et voilà que j’aperçus tout à coup, sur le seuil de ma porte, un fauteuil, mon grand fauteuil de lecture, qui sortait en se dandinant. Il s’en alla par le jardin. D’autres le suivaient, ceux de mon salon, puis les canapés bas et se traînant comme des crocodiles sur leurs courtes pattes, puis toutes mes chaises, avec des bonds de chèvres, et les petits tabourets qui trottaient comme des lapins.»
Ce qui m’a par le fait même donner envie de relire les contes d’angoisse de cet auteur magistral qui a malheureusement péri de ses hallucinations. L’esprit vacillant de notre bibliothécaire pourrait en faire autant. À moins que Martin ne vienne...
Isabelle Beaulieu, librairie Pantoute
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