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L'apocalypse
Christian Vachon, libraire au rayon Essais et documents, 2010/9/2
Croyez-vous sérieusement que notre monde sera bing! bang! boum! terminé au lendemain du 21 décembre 2010? Non, bien sûr! Un événement qui s'annonce plus improbable que le plus improbable des événements tel, par exemple, une poignée de main entre le président iranien Ahmadinejad et le premier ministre israélien Netanyahu ou un défilé de la coupe Stanley sur la Sainte-Catherine à Montréal un mois de juin 2011.
Alors, comment expliquer la popularité de cette prédiction apocalyptique: le film 2012 de Roland Emmerich, les machines à rumeur sur le web, les innombrables publications? Uniquement dans le monde de l'édition francophone, il ne se passe pas un mois, depuis 2008, sans une nouvelle parution sur l'impasse de 2012.
Examinons ces publications. Une bonne partie exploite ce «marketing de la peur», ces inquiétudes qu'on attise au lieu de calmer, bien que peu osent prédire indiscutablement la fin du monde. On tente de «décrypter» le mystère des crânes de cristal, les calendriers et autres prophéties mayas — Le mystère des 13 crânes de cristal de Victor Miller (Edimag), Les prophéties mayas 2012 de John Lee Fox (Exclusif), La prophétie maya 2012 de David Douglas (Broquet) —, une civilisation fort fanfaronne qui s'est amusée à dissimuler le message qui sauvera l'humanité. Où est l'Unique qui décodera tout cela? À l'aide Keanu Reeves! Au secours Indiana Jones!
Autre scénario angoissant: l'alignement atypique des planètes du système solaire à cette date du 21 décembre 2012 qui doit provoquer une inversion brutale du champ magnétique terrestre (2012, l'apocalypse maya de Jean-Michel Padrazzani chez Alcina) ou un bouleversement du climat terrestre et de l'humanité (Fin du monde, les prédictions mayas 2012 de Jimmy Watson chez Cristal). Il va neiger à Port-au-Prince...
Un certain Antoon Leon Vollemaere consacre tout un bouquin (Apocalypse maya 2012: foutaise ou science?, Louise Courteau) à affirmer catégoriquement qu'il n'y aura pas d'apocalypse en 2012 (ouf!), selon son interprétation du calendrier maya. Un outil sacrément obscur que ce calendrier maya, tellement obscur que, tout comme les prophéties de Nostradamus, on lui fait dire n'importe quoi. L'astronome Robert Lamontagne, dans un article de La Presse du samedi 31 juillet 2010 («Qui a peur de 2012?»), souligne à la journaliste Sylvie St-Jacques «qu'aucun texte des Mayas ne fait référence à ce soi-disant phénomène astronomique. En réalité, cette idée de fin du monde est tirée de livres parus il y a 25, 30 ans. Le premier d'entre eux s'intitulait Mexico mystique, un titre très «années 70/Nouvel Âge» écrit par un certain Frank Waters, prétendu expert de la société maya. Il avait ni plus ni moins fourni sa propre interprétation de ce que les Mayas avaient vu dans l'avenir».
Dérive, plutôt prévisible, de ce «marketing de la peur», Sylvia Brena et Iginio Straffi surfent sur la vague de cette «fin du monde» pour lancer une série jeunesse: Maya Fox 2012 (Pocket Jeunesse), l'histoire d'une adolescente de 17 ans prénommée Maya (tiens donc!) qui a des préoccupations plutôt inattendues pour une fille de son âge: sauver l'humanité et échapper au tueur en série qui le poursuit. Quand la série Millenium croise le calendrier maya.
Un autre type d'ouvrage apocalyptique faisant fureur est celui qui annonce non pas la fin du monde, mais la fin de notre monde: La fin du monde 21 décembre 2012 de Jean-François Gosselin (Edimag), 2012: le rendez-vous de Sylvie Simon (Alphée), 2012: le livre des révélations de Marie-Ange Faugérolas (ADA), Le code maya: 2012, la fin d'un monde de Barbara Hand Clow (J'ai lu). Les signes annonciateurs de cette fin sont apparents: guerres, maladies, famines dans les pays pauvres et décimant les populations, réchauffement climatique, colères de la terre: tsunamis, inondations, sécheresses et secousses sismiques. Notre monde ne s'achèvera peut-être pas un 21 décembre 2012, mais la fin approche tout de même. Ce courant qu'on peut qualifier de millénariste est vieux comme le monde et ne cesse de ressusciter sous de multiples avatars. Un leitmotiv commun à tous ces bouquins: l'annonce d'un âge d'or après l'écroulement de deux maux principaux de notre ère catastrophique: le consumérisme et l'individualisme. Voici donc unis dans le même combat propagandiste de l'apocalypse: écologistes, islamistes et communistes. Cette littérature n'hésite également pas à pourfendre notre soi-disant foi aveugle à la technologie. L'image souvent utilisée est celle de notre monde qui, tel le Titanic, va frapper inévitablement son iceberg. Le Titanic a certes sombré, mais des milliers d'autres navires, beaucoup plus gros, ont traversé depuis l'océan sans problèmes.
Des publications tentent de décortiquer ce «marketing de la peur» (entre autres: 2012: scénarios pour une fin du monde de Didier Jamet et Fabrice Mottez chez Belin). Deux essais vont s'atteler sur ce sujet à l'automne 2010: La grande peur de 2012 de Laura Gratias (Albin Michel) et 2012, la fin du monde n'aura pas lieu d'Alain Cirou (Saint-Simon) qui vont démêler la part du réel et du fantasme dans ces prédictions (alignement planétaire, inversion brutale du champ magnétique, calendrier maya qui sonne le glas) et aussi analyser le message qu'elles véhiculent.
Dans l'article de La Presse mentionné précédemment, l'astronome Lamontagne concluait son propos en avançant de son côté que «la seule prédiction susceptible de se réaliser le 21 décembre 2012 est que les gens seront dans les centres commerciaux en train de faire leurs emplettes de Noël». Je peux, de ma part, m'avancer prudemment et prophétiser qu'Astérix et Cléopâtre sera diffusé sur Ciné-cadeau ce même jour, sinon dans la semaine qui suivra. Quand l'appétit va...
À consulter:
- Victor Miller, La fin du monde, 21 décembre 2012: 100 questions et réponses sur ce qui peut arriver, Edimag. 2008.
- Victor Miller, Le mystère des 13 crânes de Cristal: le 21 décembre 2012 et la survie de l'humanité, Edimag, 2009.
- John Lee Fox, Les prophéties mayas 2012: les bouleversements du monde à venir..., le déclenchement des plus grands cataclysmes de notre histoire..., Exclusif. 2009.
- David Douglas, La prophétie maya 2012, Broquet. 2009.
- Jean-Michel Pedrazzani, 2012, l'apocalypse maya: éviter et survivre à la catastrophe annoncée, Alcina (à paraître).
- Jimmy Watson, Fin du monde, les prédictions mayas 2012: les indices annonciateurs d'un bouleversement cosmiques, Cristal (à paraître).
- Antoon Leon Vollemaere, Apocalypse maya 2012: foutaise ou science?, Louise Courteau éditrice, 2010.
- Sylvia Brena et Iginio Straffi, Maya Fox 2012, Pocket Jeunesse, 2010 (1 volume paru, 1 second à paraître en novembre 2010).
- Jean-François Gosselin, La fin du monde 21 décembre 2012, Edimag. 2010
- Sylvie Simon, , Alphée. 2009.
- Marie-Ange Faugérolas, 2012: le livre des révélations, ADA. 2009.
- Barbara Hand Clow, Le code maya: 2012, la fin d'un monde: l'accélération du temps et l'éveil de la conscience planétaire, J'ai lu, 2010.
- Didier Jamet & Fabrice Mottez, 2012: scénarios pour une fin du monde, Belin. 2009.
- Laure Gratias, La grande peur de 2012, Albin Michel. 2010 (à paraître)
- Alain Cirou, 2012, la fin du monde n'aura pas lieu, Saint-Simon. 2010 (à paraître).
Lien externe: Sylvie St-Jacques, «Qui a peur de 2012?» (La Presse, 31 juillet 2010) sur le site de cyberpresse.
Les beaux dimanches
Isabelle Beaulieu, libraire au rayon Littérature Québécoise, 2010/9/1
Il y a quelques semaines, nous vous transmettions l’information quant à un appel de texte destiné aux écrivains de Québec et ayant pour thème la rivière St-Charles et ses abords. L’heure a sonné et nous en sommes maintenant à la découverte de ces textes! Pour ce faire, une promenade d’une durée de deux heures vous est proposée où vous pourrez entendre les poèmes et les récits d’écrivains de la ville qui rendent compte du paysage de la Saint-Charles, des histoires qui s’y trament et des personnages qui y rôdent. Le parcours est guidé par Marie-Ève Sévigny qui vous livrera des textes d’Emmanuel Bouchard, Annie Cloutier, Isabelle Forest, Nadia Gosselin, Julie Gravel-Richard, Hélène Matte, Judy Quinn et Marc Rochette. La première aura lieu ce dimanche 5 septembre à compter de 10h30 et le lieu de rencontre pour le départ est au Parc Cartier-Brébeuf, 175, rue de l’Espinay, Québec. Pour réserver ou vous informer: bibliothèque Vieux-Québec (418 641-6797) ou promenade.ecrivains@yahoo.ca. Les autres rendez-vous se tiendront les dimanches 12, 19, 26 septembre et 3 octobre. De beaux dimanches en perspective!
Lien externe: le site de la promenade des écrivain
Cape & Kimono: la pré-vente est prolongée!
Stéphane Picher, libraire au rayon Bande dessinée, 2010/8/31
L’organisation du Festival Cape & Kimono vient d’annoncer que la pré-vente de laissez-passer à prix spécial, qui devait se terminer aujourd'hui, serait prolongée de deux semaines. Quatorze jours de plus, donc, pour éviter la cohue en plus de bénéficier d’un prix spécial. D'ici le 14 septembre, passez donc à l’une de nos deux succursales!
Deux adresses:
- Librairie Pantoute Succursale St-Roch: 286, rue Saint-Joseph Est. Tél: (418) 692-1175
- Librairie Pantoute: 1100, rue Saint-Jean. Tél: (418) 694-9748
Lien externe: site officiel de Cape & Kimono
Lancement des Chemins de traverse au Studio P
Stéphane Picher, libraire au rayon Bande dessinée, 2010/8/31
Les éditions La Boîte à bulles et la Librairie Pantoute sont heureux d’inviter tous les amateurs de BD au lancement de l’album Les Chemins de traverse, de Maximilien Le Roy et Soulman. «L'album raconte deux trajectoires individuelles, celle d'un déserteur israélien qui milite au sein de l'association Les anarchistes contre le mur, et celle d'un Palestinien engagé dans une association réunissant des Israéliens et des Palestiniens touchés par la perte d'un de leurs enfants.» (Résumé de l’éditeur.)
L’Entrée est libre. Informations au vincent@la-boite-a-bulles.com
Lancement de la BD Les Chemins de traverse.
Le jeudi 2 septembre à 17h00 au Studio P
280 rue Saint-Joseph Est
À consulter: Maximilien Le Roy & Soulman, Les Chemins de traverse, La Boîte à bulles
Dans la brume de la distribution
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature policière, 2010/8/30
Que fait un producteur quand son film n’est pas assez «grand public» pour lui? Trop souvent, il empire la situation en tentant de formater le film et le rend... encore moins intéressant pour le public, grand ou pas. Si vous étiez à Montréal en fin de semaine dernière, vous avez peut-être eu la chance de voir le «director’s cut» («montage du réalisateur») de In The Electric Mist, de Bertrand Tavernier. Le film, adapté d’un roman noir du grand James Lee Burke, a subi toute une saga avant d’être montré dans cette version. Il est sorti en DVD dans une version amputée. Amputée, c’est à dire, selon le point de vue du réalisateur; mais un réalisateur qui en a vu d’autres et qui sait de quoi il parle (de cinéma, et avec passion). Une sortie en salles est prévue pour le 10 septembre au Québec mais, semble-t-il, dans une version encore trop courte de quinze minutes. Pour une version intégrale en DVD, il faudra être encore patient... ou se rabattre sur un disque européen, au risque de ne pouvoir le regarder dans votre salon. Donc, j’aurais du aller à Montréal en fin de semaine dernière!
À consulter: James Lee Burke, Dans la brume électrique, Rivages/Noir
Une jeune romancière de 54 ans
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature Québécoise, 2010/8/30
Il n’y a pas d’âge pour être une recrue littéraire. On peut écrire depuis des années avant de publier un premier roman. C’est le cas de Louise Lacasse, 54 ans, dont le roman Eteignez, il n’y a plus personne a remporté le Prix Robert-Cliche 2010. Le livre, décrit par l’auteure comme un «roman du terroir moderne» raconte les destins entrecroisés de multiples personnes. «Pour moi, le fil qui unit ce roman, c'est la langue, le style.», explique-t-elle au journal La Presse. «J'avais envie de décrire des lieux, un climat, des personnages. C'était ça le moteur.»
Le prix Robert-Cliche est remis chaque année à un premier roman. Éteignez, il n’y a plus personne paraît mardi chez VLB éditeur. Félicitations! Source: Cyberpresse.ca.
À consulter: Louise Lacasse, Éteignez, il n’y a plus personne, VLB éditeur
Lien externe: «Louise Lacasse: roman du terroir moderne.», sur le site de Cyberpresse.
Un scandale devenu classique
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature étrangère, 2010/8/28
Madame Bovary est-il «le roman le plus scandaleux de tous les temps»? Oui, si l’on en croit la couverture du numéro de septembre du magazine Playboy, qui publie un chapitre du célèbre livre de Gustave Flaubert, dans une nouvelle traduction de Lydia Davis. Les lecteurs de la revue coquine trouveront-ils ce chapitre assez scandaleux pour eux? On sait que Flaubert fut poursuivi pour «outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs», avant d’être acquitté. À la lecture du chapitre choisi, celui où Emma s’abandonne à Rodolphe Boulanger à l’occasion d’une promenade à cheval, ils risquent de trouver le roman un peu trop classique. D’autant plus que la couverture du livre, à paraître le 28 septembre chez «Penguin Classics», est assez chaste. Toutefois le scandale peut prendre de multiples formes. Qui a dit qu’on lisait Playboy «pour ses articles»?
À consulter: Gustave Flaubert, Madame Bovary, Gallimard, «Folio»
Les excentriques
Christian Vachon, libraire au rayon Essais et documents, 2010/8/27
L'aristocratique Lord Mondobbo (Scott James Burnett 1714-1799) était réputé comme le juge le plus expert de son époque. Toute sa vie pourtant, il fut profondément convaincu que les bébés portaient une queue à leur naissance et de l'existence d'une conspiration silencieuse à ce sujet chez les sage-femmes qui coupaient cet appendice. «Those comfortable paddled lunatic asylums which are known euphemisticaly as the stately homes of England», formulait ironiquement l'écrivaine Virginia Woolf. Les Îles britanniques ont depuis toujours la réputation d'engendrer une quantité innombrable d'excentriques. Phénomène attribuable, selon un érudit français du XVIIIe siècle, à la consommation quotidienne de boeufs, de bières et de brouillards aggravée par la morosité du congé dominical anglais. Vous pouvez écrire une douzaine d'ouvrages sur les excentriques britanniques sans mentionner deux fois le même individu. Le journaliste et auteur d'ouvrages humoristiques Karl Shaw a collationné plus de 200 de ces spécimens les plus extravagants, hilarants, bizarres, et parfois odieux dans Curing Hiccups With Small Fires: a Delightful Miscellany of Great British Eccentrics (Pan Books, London, 2010, encore inédit en français), titre inspiré par la savante expérience de l'aristocrate John «Mad Jack» Mytton qui mit le feu à sa chemise de nuit afin de soigner son hoquet. Brûlé vif, il eut le temps de murmurer à ses sauveteurs: «Well the hiccup is gone, by God».
Les aristocrates sont passablement nombreux dans le palmarès de Karl Shaw. C'est une question de classe. Un individu du commun mentalement dérangé est qualifié de dément. Un aristocarate au comportement déséquilibré est un excentrique.
Shaw ignore l'excentrique lucide, celui qui cultive soigneusement sa réputation pour les bizarreries. Il affectionne l'excentrique inconscient, celui qui n'a aucune idée de la dérive extravagante de son comportement. Aucun milieu n'échappe à son tour d'horizon de l'excentricité britannique: explorateurs et inventeurs, poètes et militaires, sportifs et hommes politiques. Des excentriques parfois géniaux, la plupart du temps déments. Charles Babbage, le père de l'informatique moderne, dédiait ses temps libres à élaborer les probalilités statistiques des miracles bibliques. Le lourdaud Edward Hyde, 3e comte de Clarendon (1661-1723), cousin de la reine Anne, doyen du parlement britannique et gouverneur de l'État de New York, était un travesti affiché. L'écrivain James Joyce manifestait des tendances fétichistes pour les sous-vêtements féminins. L'explorateur David Livingstone, au départ de son expédition au coeur de l'Afrique, transportait un bibliothèque mobile de 73 bouquins pesant un total de 180 livres. La docteure Marie Stopes (1880-1958), pionnière du contrôle des naissances et sexologue, la première à décrire par écrit l'orgasme féminin, n'a reçu son premier baiser qu'à l'âge de 24 ans et a attendu jusqu'à la trentaine, au moment de son mariage, pour partager son lit avec un homme. Trois ans plus tard, en consultant des ouvrages de l'étranger à la British Library, elle découvre avec effroi qu'elle est encore vierge.
Le plus improbable des héros de la marine britannique de la première guerre mondiale était le lieutenant-commander Geoffrey Spicer-Simpson (1876-1947). Il commandait la flottille de deux chaloupes baptisées Mimi et Toutou qui élimina la menace navale allemande sur le lac Tanganyika en Afrique. L'officier de sa Majesté Spicer-Simpson portait une jupe en pleine bataille. Il fut relevé de son commandement pour «acute mental debility». L'écrivain Giles Foden raconte ses «exploits» dans le savoureux récit Tanganyika (Autrement, 2008) traduit tout récemment en français.
Le plus prestigieux ambassadeur de l'excentricité britannique sévit toujours. Le prince Philip, duc d'Édimbourg, a un sens de l'humour plutôt particulier. En 1986, en visite à Beijing, apercevant un étudiant britannique, il lui dit: «Don't stay here too long or you'll go back with slitty eyes». Lors d'une tournée en Amérique du Sud, dans la même décennie, il aurait glissé ces mots au général Alfredo Stroessner, dictateur du Paraguay; «It's a pleasant change to be in a country that isn't ruled by its people». On dit aussi que le conjoint de la reine Elisabeth est «the best argument for republicanism since George III».
Références:
- Karl Shaw, Curing Hiccups With Small Fires: A Delightful Miscellany of Great British Eccentrics, Pan Books (London), 2010 (inédit en français).
- Giles Foden, Tanganyika, Autrement, 2008
L'optimiste
Christian Vachon, libraire au rayon Essais et documents, 2010/8/26
Notre vie s'améliore, et à un rythme accéléré, grâce aux bouleversements technologiques. Les ressources alimentaires, les revenus, l'espérance de vie ne cessent de croître. Les maladies, la mortalité infantile et la violence déclinent un peu partout sur notre planète. Le Britannique Matt Ridley, docteur en zoologie et journaliste, est-il un optimiste provocateur? Sa foi en l'avenir se veut rationnelle et il l'explique. Après avoir écrit quatre ouvrages sur les ressemblances entre les humains et les animaux (dont un seul traduit en français: Génome: autobiographie de l'espèce humaine, chez Robert Laffont en 2001), le vulgarisateur scientifique décide de parler de leurs différences dans The Rational Optimist — How Prosperity Evolves. (Harper, 2010, encore inédit en français) qui se veut aussi une réponse aux discours dominants des pessimistes qui affirment que notre atteint un tournant et que les choses ne vont pas cesser d'empirer. Des propos qu'ils tiennent depuis... deux cents ans.
Sa raison d'espérer: notre intelligence collective. Ce n'est ni la grosseur du cerveau humain, ni le langage qui expliquent notre développement phénoménal, mais notre capacité d'échanger les idées et les technologies. «The habit of exchange and specialization (...) has created a collective brain that sets human living standards on a rising trend. The mutual dependence, trust, and sharing that result are causes for hope, not despair».
Peu de personnes peuvent imaginer un film d'animation comme Finding Nemo. Qui peut expliquer comment on produit du jus d'orange congelé? On peut utiliser un objet sans avoir à comprendre son fonctionnement ou à pouvoir le reproduire. On acquiert une intelligence collective qui dépasse de loin la capacité individuelle de nos cerveaux.
Son bouquin couvre cet élan collectif humain, de l`âge de pierre à Internet, de l'explosion des populations à ses conséquences vraisemblables sur les changements climatiques. Il se conclut par cette assurance que jamais notre humanité, en dépit des inévitables désastres, n'aura été aussi prospère, et notre biodiversité aussi revalorisée, qu'en ce XXIe siècle, et cela, grâce à la capacité sans fin de l'homme à innover.
Trop optimiste Matt Ridley? Il tend à balayer trop facilement les problèmes complexes sous le tapis. Pour encourager la «décarbonisation» de notre économie, il propose simplement de taxer les émissions de gaz carboniques, et cela, en évitant de nuire à la création de richesses. Car Ridley, ancien cadre supérieur de la Banque Northern Rock, est un fervent propagandiste du libre marché: «Government is the problem not the solution». Derrière le scientifique se dissimule le politique.
Références:
- Matt Ridley, The Rational Optimist - How Prosperity Evolves, Harper. 2010 (inédit en français).
- Matt Ridley, Génome: Autobiographie de l'espèce humaine, Pocket 2003 (Robert Laffont, 2001). Épuisé.
- «L'optimiste rationel». Entrevue de Paul Journet avec Matt Ridley. La Presse, samedi 31 juillet 2010.
Thierry Jonquet revisité par Almodóvar
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature policière, 2010/8/25
Le romancier français Thierry Jonquet, parti beaucoup trop tôt il y a un an, ne sera pas témoin de l’adaptation de son Mygale par Pedro Almodómar. La Piel que habito («La peau que j’habite», titre provisoire), dont le tournage a commencé lundi, met en vedette Antonio Banderas. Ce sera un film de retrouvailles pour les deux hommes, qui ont travaillé ensemble dans les années 1980, avant que Banderas ne devienne une vedette internationale, entre autres grâce aux films de Robert Rodriguez. Histoire de vengeance, histoire de cruauté, d’enfermement, le roman noir Mygale sera traité par Almodóvar un peu comme... un film d’horreur. Intriguant, n’est-ce pas?
En attendant, le roman est disponible chez Folio policier de deux façons: tout seul comme un grand, ou dans un gros volume intitulé Romans noirs où on trouve aussi Les Orpailleurs, Moloch et La Bête et la Belle.
Source: moncinema.ca
À consulter:
- Thierry Jonquet, Mygale, Gallimard, «Folio policier»
- Thierry Jonquet, Romans noirs, Gallimard, «Folio policier»
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