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Caprice de memoires
Christian Vachon, libraire au rayon Essais et documents, 2010/3/10
«Ce livre est un hommage à la dignité des Chinois d'aujourd'hui». Difficile de ne pas être ému par cette phrase d'ouverture du recueil d'entrevues de Xinran, publié aux éditions Philippe Picquier sous le titre Mémoire de Chine. L'auteure, née à Pékin en 1958, fut victime elle-même du passé trouble de la Chine: elle fut enlevée par les Gardes rouges à ses parents, jugés réactionnaires, lors de la révolution culturelle. Devenue journaliste et animatrice de radio, elle a quitté la Chine en 1997 pour s'installer en Angleterre. Inquiète de voir la vérité sur l'histoire moderne de la Chine, ainsi que sa quête de dignité nationale, disparaître avec la génération de ses parents, elle a parcouru pendant vingt ans toute la Chine, des métropoles aux provinces les plus reculées. Elle a rencontré une génération chez qui l'idée de culpabilité collective est très profondément ancrée, et pour qui la liberté d'expression est un étrange et dangereux concept. «Pour nous, Chinois, révéler ouvertement et publiquement ce que nous pensons et ressentons est loin d'être chose facile (,,,) personne en Chine ne croît possible d'amener ses compatriotes à dire la vérité. Mais sitôt qu'elle s'est emparée de moi, cette folie ne m'a pas quittée: je refuse de croire que les Chinois emportent toujours dans leur tombe la vérité de ce que fut leur vie».
Une vingtaine de grands-parents et d'arrière-grands-parents interviewés, d'une femme général née aux États-Unis, à une mère cordonnier et au chauffeur de taxi d'une province du Nord-Ouest, ils racontent leurs vies, leurs espoirs, leurs peurs et leurs luttes, de ce qu'ils ont vu et ressenti à propos de tous les événements auxquels ils ont assisté: de la Longue Marche à la construction des pipelines, de la réforme agraire à la médecine populaire, de Mao au mariage. «Pour moi, laisser nos aïeux emporter leur passé avec eux dans la tombe, serait profondément injuste envers eux. Ils ont tous des histoires à raconter. Et même si elles nous frappent en revélant leur ignorance, leur naïveté et peut-être leurs crimes, elles nous forceront néanmoins à réfléchir aux progrès que nous avons fait par la suite».
Son enquête a des accents crépusculaires. «Les vies de nos grands-parents sont autant de portes ouvertes sur le passé qui ne tarderont pas à se fermer à tout jamais». Son travail, qui ne prétend pas au travail de recherche historique, à une valeur de révélation pour les étudiants chinois qui l'accompagnent dans ses investigations. Ils sont plusieurs à s'indigner: «Comment se fait-il que nous ne soyons pas au courant de ces événements!», «Comment avez-vous pu accorder une telle foi à un parti politique dénué de toute connaissance économique et si peu enclin à comprendre la nature humaine?».
Le constat de la journaliste chinoise sur l'histoire de son pays est dévastateur:
«Le drapeau de la Chine d'aujourd'hui n'est-il pas aussi rouge du sang de nos ancêtres». En contrepartie, elle n'est pas économe d'éloges sur le courage et la ténacité de ses compatriotes: «C'est une nation qu'aucun incendie ne saurait ravager puisqu'elle renaît de ces cendres à chaque printemps: 1.3 milliards de personnes ont survécu à tous les désastres et les épreuves de ce XXe siècle». La Chine ne peut espérer une plus belle déclaration d'amour.
À consulter: Xinran, Mémoire de Chine
VLB chez Boréal en format poche
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature Québécoise, 2010/3/9
L’œuvre de Victor-Lévy Beaulieu, publiée surtout dans sa maison d’édition Trois-Pistoles, sera bientôt davantage disponible en format poche. En effet, l’auteur et éditeur vient de signer une entente avec la maison d’édition Boréal, qui prévoit la publication de ses livres dans la collection «Boréal Compact» dans les prochaines années. Mémoires d’outre-tonneau ainsi que James Joyce, l’Irlande, le Québec devraient partir le bal en mai prochain. Espérons que cette initiative saura faire connaître à un plus grand public cet auteur unique à l’œuvre foisonnante, puissante, marquante.
À consulter: les livres de Victor-Levy Beaulieu
L'arme du pauvre
Christian Vachon, libraire au rayon Essais et documents, 2010/3/9
«La technologie nucléaire est devenue un outil pratique surtout pour les faibles. Cela leur permet de satisfaire leurs ambitions à moindre coût. S'ils désirent intimider hors de leurs frontières ou se faire respecter, c'est aujourd'hui la voie la plus directe pour y arriver: il suffit de fabriquer une bombe atomique».
Ainsi s'exprime franchement un haut placé de la bureaucratie nucléaire de la nouvelle Russie, convertie au marché, au journaliste William Langewiesche, un propos qui est en fait le point de départ de son enquête Atomic Bazaar: comment l'arme nucléaire est devenue l'arme du pauvre, un dossier traduit et publié tout récemment aux éditions Allia. Auteur, chez le même éditeur, de La conduite de la guerre, un reportage sur le massacre de 24 civils irakiens par des Marines américains à Haditha en septembre 2005, et correspondant international pour Vanity Fair, Langewiesche débute son récit un 6 août 1945, jour du survol apocalyptique au dessus d'Hiroshima d'un Boeing nommé Enola Gay. Il explore les aspects techniques et géopolitiques de la question nucléaire sans blablabla pacifiste, ni diatribe anti-impérialiste, mais avec clairvoyance: «Pour le dire simplement, plus de soixante ans après, l'apocalypse tant redoutée n'a toujours pas eu lieu et une paix nucléaire s'est installée sans aucune raison: un statu quo barbare entre les puissances nucléaires, chacune d'entre elles se retenant d'envoyer la première bombe, non pas à cause de préoccupations morales, mais de la certitude d'une riposte dévastatrice».
Mais voilà, les connaissances détaillées nécessaires à la fabrication d'une bombe atomique sont toutes entièrement passées dans le domaine public, mettant l'arsenal nucléaire à la portée de quasiment n'importe quel pays. Après une limpide mise en lumière des principaux acteurs, de la Russie à la Turquie, toujours plus nombreux du bazar atomique, le journaliste concentre son enquête sur un pays, et le destin hallucinant d'un homme en particulier: Abdul Qadeer Khan, celui qui après légué la technologie nucléaire à son pays, le Pakistan, s'est ensuite débrouillé pour la fournir à l'Iran, la Corée du Nord et la Lybie.
Khan, un docteur en métallurgie vivant aux Pays-Bas dans les années 70, se fait contacter par les services secrets de son pays, devient espion et commence à amasser de la documentation pour les services secrets pakistanais sans jamais être véritablement inquiété. Une fois rentré au Pakistan, il se retrouve placé à la tête du programme nucléaire militaire du pays, le président Ali Bhutto déclarant alors: «Les Pakistanais mangeront de l'herbe s'il le faut, mais le Pakistan aura la bombe». Les Pakistanais mangèrent de l'herbe et... le jour du 28 mai 1998 les Indiens et les Occidentaux tremblèrent: le Pakistan avait sa bombe.
«Cela s'applique à n'importe quel autre pays aussi déterminé, comme aujourd'hui la Corée du Nord et l'Iran. La réussite rapide de Khan a abasourdi le monde parce qu'elle a armé cette espèce de nabot, le Pakistan, d'une arme de gros calibre». Rassurant. «Dans le futur, il y aura d'autres Khan. Il semble tout à fait possible que des attentats soient déjoués, mais aucune manoeuvre ne pourra empêcher les nations déterminées de se doter de la bombe atomique».
Lucide, ce William Langewiesche.
À consulter: William Langewiesche, Atomic Bazaar: comment l'arme nucléaire est devenue l'arme du pauvre
Souligner le 8 mars en poésie
Stéphane Picher, libraire au rayon Poésie / théâtre, 2010/3/8
Au lendemain de l’Oscar du «meilleur réalisateur» (sic) pour Kathryn Bigelow, la première femme à remporter ce titre, pourquoi ne pas célébrer la Journée Internationale des femmes, cette fois en poésie? Hélène Monette sera au Studio P ce lundi pour un 5 à 7 à l’occasion du Printemps des Poètes et de la Journée des femmes. Venez l'entendre réciter quelques textes poétiques sur le thème de la vie des femmes et des extraits de son dernier livre, Thérèse pour joie et orchestre, pour lequel elle a remporté le Prix du Gouverneur Général en 2009.
À consulter : les livres de Hélène Monette
Le Prix littéraire des collégiens chez Pantoute
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature Québécoise, 2010/3/7
Le Prix littéraire des collégiens est remis chaque printemps à une œuvre de littérature québécoise. Vous êtes invités à participer aux rencontres d’écrivains qui ont lieu dans plusieurs villes de la Province. Le mardi 9 mars la tournée s’arrêtera chez Pantoute. Anne Guilbault, Monique LaRue, Julie Mazzieri et Marc Séguin seront présents; la soirée sera animée par Christian Bouchard.
Rencontre avec les écrivains en lice au Prix littéraire des collégiens, à la librairie Pantoute du Vieux-Québec, 1100 rue Saint-Jean. Le mardi 9 mars à 19h00.
À consulter, les livres des finalistes au Prix littéraire des collégiens.
- Julie Mazzieri, Le Discours sur la tombe de l’idiot
- Dany Laferrière, L’Énigme du retour
- Marc Séguin, La Foi du braconnier
- Anne Guilbault, Joies
- Monique LaRue, L’œil de Marquise
Un prix qui récompense les valeurs éthiques
Josée-Anne Paradis, libraire au rayon Littérature jeunesse, 2010/3/6
Lors du Salon du livre de l’Outaouais, l’écrivain Sylvain Meunier (L’homme qui détestait le golf, Lovelie d’Haïti), a remporté le Prix Communication et Société pour son roman jeunesse La tourterelle triste. Les jurés ont notamment souligné la qualité littéraire, le sens critique ainsi que les valeurs éthiques et spirituelles qui se retrouvent dans ce livre.
La tourterelle triste, publié aux éditions de la courte échelle, raconte l’histoire de Ramicot Bourcicot, un jeune garçon qui est aux prises avec une grave maladie, l’obligeant à utiliser des béquilles de métal pour se déplacer. Alors qu’il aperçoit une jeune fille portant un foulard se faire harceler par trois grands durs de dernière année, il décidera de lui venir en aide. Mais en sera-t-il capable? Un roman fort touchant, sur l’intégration et l’acceptation des autres, quelles que soient leurs différences.
À consulter: Sylvain Meunier, La tourterelle triste
Alice au pays du Septième Art
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature jeunesse, 2010/3/5
Il y a eu plusieurs versions cinématographiques du célèbre roman de Lewis Carroll, dont la plus connue est la version animée de Disney de 1951. Les studios Disney sont aussi derrière cette nouvelle adaptation, signée Tim Burton, qui sort en salles vendredi. Johnny Depp en chapelier fou, Anne Hathaway en Reine Blanche et Helena Bonham Carter en Reine Rouge font partie de la distribution. La jeune Mia Wasikowska, une actrice australienne qu’on devait bientôt voir en Jane Eyre, tient le rôle d’Alice.
À consulter: quelques éditions du Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll
Lien externe: la bande-annonce du film sur notre blog «Le livre était meilleur».
De la poésie au combat
Stéphane Picher, libraire au rayon Poésie / théâtre, 2010/3/5
Le prochain Combat des livres, qui sera présenté du 22 au 26 mars, sera le septième sur les ondes de Radio-Canada. Inspiré du Canada Reads de la CBC, Le Combat des livres consiste en une série de débats entre cinq panélistes défendant chacun un livre. Chaque jour un livre est éliminé après vote, pour en venir ultimement à couronner un grand gagnant. Cette année constitue à notre connaissance une première, puisque la poésie sera représentée. En effet L’Homme invisible / The Invisible Man, un incontournable de la poésie «québécoise d’Ontario» de Patrice Desbiens, sera défendu par Thomas Hellman contre L’Énigme du retour (Dany Laferrière, défendu par Françoise David), Le Survenant (Germaine Guèvremont, défendu par Christian Dufour), Cantique des plaines (Nancy Huston, défendu par Christopher Hall) et Comment devenir un ange (Jean Barbe, défendu par Marie-Soleil Michon). Les paris sont ouverts!
À consulter :
- Dany Laferrière, L’Énigme du retour
- Germaine Guèvremont, Le Survenant
- Nancy Huston, Cantique des plaines
- Patrice Desbiens, L’Homme invisible / The Invisible Man
- Jean Barbe, Comment devenir un ange
Du papier à l’écran
Stéphane Picher, libraire au rayon Littérature étrangère, 2010/3/4
La sortie d’un film adapté d’une œuvre littéraire est souvent l’occasion de relancer la carrière du livre, d’amener de nouveaux lecteurs vers le livre, comme il est arrivé par exemple à La route de Cormac McCarthy ou au Liseur de Bernhard Schlink. Cette tendance ne semble pas près de s’arrêter; plusieurs projets d’adaptations sont en route. En voici quelques-unes.
Pierre Richard, que l’on a vu au Québec dernièrement pour un très oubliable Bonheur de Pierre, sera de L’Angoisse du roi Salomon, d’après le roman de Romain Gary. La réalisation a été confiée à Nathalie Donnini (Où avais-je la tête?); le tournage devrait commencer dans le courant de l’année.
Le roman Small World, de Martin Suter, sera porté à l’écran par Bruno Chiche, avec Gérard Depardieu et Nathalie Baye dont ce sera le sixième film ensemble. Le tournage devrait commencer sous peu.
De l’eau pour les éléphants, de Sara Gruen deviendra Circus pour le grand écran. Le casting étant bien engagé (Robert Pattinson, Reese Whiterspoon et Christoph Waltz, le délicieux méchant d’Inglorious Basterds), le début du tournage semble imminent. Le film, réalisé par Francis Lawrence, devrait sortir en 2011.
Il faut qu’on parle de Kevin, adapté du populaire livre de Lionel Shriver, sera réalisé par Lynne Ramsay, avec entre autres Tilda Swinton et John C. Reilly. Le tournage débutera ce printemps.
Un projet plus vague : l’adaptation de Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie, de Nick Flynn. Le site imdb donne 2012 comme date de sortie; toutefois, il semble que rien n’ait encore été signé. On parle de Robert DeNiro et Casey Affleck comme rôles principaux.
À consulter :
- Romain Gary, L’Angoisse du roi Salomon
- Martin Suter, Small World
- Sara Gruen, De l’eau pour les éléphants
- Lionel Shriver, Il faut qu’on parle de Kevin
- Nick Flynn, Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie
Indigence = elegance au Studio P le 4 mars.
Stéphane Picher, libraire au rayon Poésie / théâtre, 2010/3/3
Coup d'envoi de sa troisième programmation, le Printemps des Poètes a concocté une soirée haute en couleurs et en sonorités avec INDIGENCE=ÉLÉGANCE (Antoine Defoort — France) et le collectif LES CRAZY CRAWLEUSES (Québec). Prière de laisser votre esprit cartésien au vestiaire...
«INDIGENCE=ÉLÉGANCE est le titre d'une compilation transdisciplinaire et anti-thématique de performances variées, sélectionnées pour l'occasion (...) dans laquelle le jeanfoutre côtoie le bien foutu, et l'incongru le dispute au terre-à-terre.»
«LES CRAZY CRAWLEUSES (...) oeuvrent professionellement dans le milieu de la culture et de l'art contemporain. Mais la nuit venue, c'est une autre affaire...»
(extraits du communiqué)
INDIGENCE=ÉLÉGANCE, suivi des CRAZY CRAWLEUSES, le 4 mars au Studio P, 280 St-Joseph Est, Québec. Admission: 10$
Lien externe: le site du Printemps des Poètes
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