18Avr
Christian Vachon
Arts

Les Sept samouraïs : grandiose et tragique

Grandiose drame épique, film d’action époustouflant, suprême témoignage d’Akira Kurosawa de sa dextérité à représenter le mouvement et la violence, Les Sept samouraïs, comme va nous convaincre Joan Mellen dans Les 7 samouraïs, bref essai de moins de cent pages publié chez l’éditeur Akileos, dans sa collection « Les classiques du cinéma », évoque avant tout « l’hymne funèbre de l’âme du Japon, qui ne connaîtra plus jamais la même force ». Les Sept samouraïs : un chef-d’œuvre controversé, une vision critique des bouleversements culturels du Japon de l’après-guerre.

Joan Mellen, professeur d’anglais et d’écriture créative à la Temple University de Philadelphie, nous livre une mise en contexte éclairante de l’œuvre de Kurosawa réalisée en 1954. Les Sept samouraïs est certes un film historique, cantonné dans cette période dite Sengoku (les « provinces en guerre »), entre 1467 et 1568, période de chaos, période où l’autorité civile s’absente, où de multiples clans guerriers s’affrontent, mais le récit fait aussi écho à la réalité actuelle, à la transition culturelle durant laquelle Kurosawa réalise son œuvre au lendemain de l’occupation américaine. « Une culture ancienne, une époque toute entière tend inexorablement vers sa fin. Un nouvel ordre social émerge péniblement. Au fil du récit nous sommes témoins de sa naissance tumultueuse. Les valeurs de l’ère précédente sont passées au crible ». De même que celles, encore embryonnaires, de l’époque qui lui succède.

Kurosawa oppose donc deux cultures, l’une bientôt triomphante, l’autre agonisante. D’un côté, des villageois obstinés, individualistes, dont l’utilité pour la société marchande (sous peu dominante) garantit leur survie à l’avenir. De l’autre, des samouraïs dotés d’une « moralité personnelle et d’une élégance supérieure », confondant d’altruisme, condamnés par cette philosophie qui les anime à disparaître. Nul doute que Kurosawa, ne serait-ce que par ses origines familiales, éprouve une admiration durable pour cette classe de samouraïs. Mais son point de vue n’est pas absent d’ambiguïté. Les paysans assimilent cette leçon d’éthique : « celui qui est égoïste se détruira lui-même ». Les deux cultures trouveront un point de rencontre. « L’affrontement sous l’averse dissout les barrières de classe (…). Tous se retrouvent unis dans une même classe ». Mais, on ne tardera pas à le découvrir, cette fusion ne durera que le temps d’un combat.

Joan Mellen célèbre bien sûr le langage visuel extraordinaire de Kurosawa, souligne la nature picturale de nombre de ses compositions, la densité des thèmes musicaux, la « manipulation du temps » au cœur du montage : « aucun film n’illustre aussi totalement le pouvoir et le potentiel de ce média ». Mais cette maîtrise artistique demeure avant tout au service du thème primordial du film : « dans chaque plan, chaque transition, Kurosawa a exprimé le conflit essentiel de son film, celui qui oppose les valeurs de la culture des samouraïs à leur obsolescence imminente ».

L’œuvre et son message reçoivent-t-ils bon accueil au Japon? Plutôt le contraire. Kurosawa est un artiste en guerre, en guerre d’abord avec les critiques de son pays qui ne voient dans ses films que « des idées qui ne lui appartiennent pas », des critiques qui le dénigrent comme un « réalisateur occidental, plaisant à un public occidental ». Seule la réalisation du samouraï permet au cinéaste de se calmer : « on ne peut rien faire ».

Il ne peut rien faire non plus contre « la médisance de la génération de réalisateurs qui allait lui succéder », l’accusant injustement de disposer de vastes sommes d’argent pour ses films contrairement à eux. Seul le réalisateur Shohei Imamura va disposer d’assez d’assurance pour ne pas avoir besoin de diminuer son œuvre afin de définir la sienne.

Mellen ose tout de même émettre ce grave reproche à l’artiste : « les femmes des films de Kurosawa sont rarement des personnages fouillés (…) capables d’évoluer moralement comme les hommes ». Dans Les Sept samouraïs, Shino, seul personnage féminin nommé. « n’a aucune épaisseur ».

Peut-on également blâmer Kurosawa de sa très grande condescendance envers la paysannerie? Le cinéaste lui-même va chercher à s’en défendre : « Je voulais affirmer qu’après tous ces bouleversements les paysans sont les plus forts, fermement attachés à la terre. Ce sont les samouraïs qui se révèlent faibles, parce qu’ils ont été balayés par le vent de l’histoire ». Mellen n’hésite pas à dire qu’il se dédouane un peu trop vite : « les paysans gagnent surtout par leur persistance brute de fournisseurs de nourriture à la communauté ».

Les Sept samouraïs se veut-il aussi un hommage au western américain? Mellen préfère ne pas trop s’attarder à cette dimension : « les différences qui séparent les « jidai-geki » (les films historiques) de Kurosawa en général (et Les Sept samouraïs en particulier) du western américain l’emportent sur les similitudes superficielles ». Le « jidai-geki » ne glorifie pas les grands paysages. Le western aborde rarement le thème du devoir opposé aux envies, ni celui des hiérarchies sociales. Le problème des classes ne joue aucun rôle dans Les Sept mercenaires, ce grand remake, à la réalisation éclatante de John Sturges, des Sept samouraïs. « Le thème du choix représente l’obstacle principal qui interdit la transposition du « jidai-geki » dans l’Ouest américain (…). La loi elle-même empêchait les samouraïs de devenir fermiers ».

« Ce sont les paysans les vrais vainqueurs. Pas nous », confie le noble mais lucide Kambei à son acolyte samouraï Shichiroji dans la dernière et symbolique réplique du film. Où est la victoire? Les fermiers survivent, mais ils ne vont que retransmettre une tradition égoïste.

Le film s’achève sur ce plan de la sépulture des quatre samouraïs, leurs sabres enfoncés dans la terre, « une élégie, une fenêtre ouverte sur le cœur d’Akira Kurosawa ». Le Japon « a perdu la meilleure partie de lui-même », sa détermination, sa dignité.

Kurosawa, pacifiste avoué, livre tout de même par ce « chant du cygne d’une noblesse déchue » un message des plus controversés : le Japon de l’après 1945, de l’effondrement du militarisme, ne pouvait que connaître une déchéance morale.

À consulter :

— Joan Mellen, Les 7 samouraïs, Akileos, coll. Les classiques du cinéma.

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