16Mai
Christian Vachon
Histoire

Le Sud pouvait-il gagner cette guerre?

« Vous gens du Sud ne savez ce que vous faites (…). Vous vous précipitez en guerre contre l’un des peuples les plus puissants, ingénieux et déterminés qui soient sur Terre, là à votre porte, vous êtes condamnés à l’échec »
– William T. Sherman, 1861

Franchement éclairant ce Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession? des éditions Economica, un régal pour qui se passionne le moindrement pour cette période des plus exaltantes de l’histoire des États-Unis, un exercice convaincant de « what if » proposé par un expert historien, Vincent Bernard, qui maîtrise parfaitement tous les aspects stratégiques, politiques, diplomatiques et économiques de ce conflit.

Sherman avait-il vu juste? La cause de la Confédération sudiste était-elle perdue d’avance dès le début de cette guerre de Sécession en 1861? L’écrasante supériorité démographique et industrielle du Nord et l’efficacité de son réseau ferroviaire en faisaient-ils forcément le vainqueur? Vincent Bernard relativise notre jugement, questionne ces arguments de la suprématie en hommes et en matériel du Nord, des arguments qui « dédouanent un peu trop facilement certaines profondes lacunes d’organisation et de commandement du Sud ».

Le Sud pouvait faire mieux. Le Sud avait cet atout de taille : « une véritable profondeur stratégique ». Le Sud pouvait se permettre de gagner « simplement en ne perdant pas », tenir et agir, avec cette possible reconnaissance par les puissances européennes, enfin de parvenir, d’une façon ou d’une autre, à dissuader le Nord de poursuivre la guerre. Tenir militairement doit permettre de vaincre le Nord politiquement, de le vaincre là où il est plus vulnérable, dans sa « cohésion interne ».

Ce Sud possédait aussi une immense richesse : le coton. Il a fait le choix de le thésauriser (plutôt que de l’exporter massivement au début de la guerre), afin de causer une pénurie dans les marchés extérieurs et de forcer les Européens à intervenir en sa faveur, une grossière erreur sur le plan stratégique. Une vente du coton aurait permis de financer l’équipement indispensable pour permettre à la Confédération de jouer à armes plus égales au début de cette guerre, exploiter ce moment où l’autorité du Nord était encore des plus incertaines et promptes au découragement.

Tenir militairement? La « Confédération a fait au mieux jeu égal à l’Est, et a le plus souvent été inférieure aux troupes fédérales dans l’Ouest », « La médiocrité globale de l’encadrement sudiste apparaît centrale », ayant un seul commandant d’armée talentueux, le Virginien Robert E. Lee. Tandis que le « présumé retard nordiste en matière de commandement » s’efface progressivement dès la première année du conflit (le haut-commandement « s’écrémant » par la force des événements), le Nord ayant l’avantage de disposer d’un vivier énorme de « cadres subalternes », le commandement sudiste « se heurte à des limites drastiques et à une pénurie croissante de généraux vraiment capables, chaque perte étant extrêmement difficile à remplacer ».

Bernard aborde également cette dimension de la « contingence », ces moments critiques du conflit où les choses auraient pu tourner de façon complètement différente, ces « what if » dans la digne tradition des « Et si Hannibal avait pris Rome? », « Et si Grouchy, plutôt que Blücher, avait surgi à Waterloo? ». Donc, questionnons-nous : et si le Sud avait su faire respecter ses frontières en 1861, solidifier son bastion de l’Ouest et neutraliser Saint-Louis au Missouri? Et si l’ordre 191 de Lee n’avait pas été perdu, puis retrouvé par les adversaires nordistes lors de l’équipée de l’armée de Virginie, au Maryland, à l’été 1862? Et si le Sud avait pu exploiter la grande crise politique du Nord de l’été 1864, ce moment où la possibilité d’un règlement non militaire du conflit devenait grandissante?

C’est quand même le Nord qui a gagné, faut-il irrémédiablement conclure. Et ce triomphe ne s’appuyait pas uniquement sur sa puissance économique. L’historien Bernard propose ce questionnement qui se révèle central : « Si le peuple du Sud a poursuivi le combat, même après les défaites dévastatrices de Gettysburg (….), pourquoi ne devrions-nous pas croire que le Nord aurait poursuivi le combat si les Confédérés avaient remporté Gettysburg, Vicksburg et Chattanooga? ».

La réponse ébranle bien des mythes : « Le Sud aurait pu gagner la guerre… si, enfin, il avait été face à un adversaire différent », à un adversaire ne croyant pas à la justesse de sa cause. « L’engagement et le moral étant les mêmes, le camp le plus fort l’a emporté ». Loin de lutter par automatisme, « le Nord a poursuivi la lutte jusqu’au bout, et aurait peut-être accepté si nécessaire un surcroît de sacrifice par patriotisme doublé d’une fierté singulière d’appartenir à un grand pays neuf destiné à accomplir de grandes choses ». La guerre de Sécession était une guerre entre deux cultures, deux organisations sociales, dont l’une avait cet avantage singulier sur les opinions publiques européennes de ne pas porter le fardeau de l’esclavage.

Même les historiens les plus sympathiques à la cause de la Confédération en conviennent : le Sud a perdu la guerre parce que le Nord et Abraham Lincoln étaient déterminés à la gagner. Il faut donner finalement raison à Sherman : le Sud ne savait pas ce qu’il faisait en 1861.

Une autre question, déterminante, injustement appréciée à sa juste valeur, doit aussi se poser : « La Confédération pouvait-elle gagner la guerre navale? ». « En aucun cas », répond catégoriquement Vincent Bernard, « sauf dans l’hypothèse d’une intervention directe, et très tôt dans le conflit, des flottes européennes en sa faveur pour briser le blocus ».

Malgré de « véritables petits miracles » en technologie navale du côté sudiste (les premiers « cuirassés », les premiers « sous-marins »,…), la flotte nordiste va réussir tranquillement son plan Anaconda, étouffant la Confédération par le blocus de ses côtes, provoquant l’effondrement des importations, et « in fine », ruinant l’économie sudiste. L’amiral Farragut, entre autres, ce Sudiste gardant allégeance à l’Union, va réussir ce coup de maître dès les premiers mois du conflit, s’emparant de la Nouvelle-Orléans, verrou stratégique de la Confédération, une équipée symbolique de l’inepte attitude du Sud à empêcher le lent grignotage du bassin vital du Mississippi.

Au total, on peut conclure, « avec la satisfaction du devoir accompli », que le Sud aurait pu gagner la guerre « s’il n’avait pas été le Sud » (avec son « aristocratie esclavagiste »), si le Nord n’avait pas été le Nord (avec Lincoln « maîtrisant l’agenda politique »), « si les équilibres, les acteurs et les circonstances avaient été différents, en bref, si la guerre de Sécession n’avait pas été la guerre de Sécession ».

Ne mettons pas tout de suite terme à ce jeu fascinant des uchronies. Que serait devenu un Sud indépendant? L’historien Bernard ose une réponse. Le Sud « victorieux, après une guerre qui aurait perduré » aurait subi de profondes modifications de l’ordre social, peut-être même une révolution « raciale ». La « civilisation sudiste », cette cause que la Confédération prétendait défendre en proclamant son indépendance, n’aurait plus été qu’un lointain souvenir.

D’ailleurs, 150 ans plus tard, après Appomattox, le Sud n’est-il pas devenu « victorieux », n’impose-t-il son mode de vie, son ordre social conservateur au reste de l’Amérique?

À consulter :

— Vincent Bernard, Le Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession?, Economica, coll. Mystères de guerre.

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