10Oct
Christian Vachon
Référence français

Le collectionneur de mots qui ne veut surtout pas « faire simple »

Gaston Bergeron adore les mots. Il en a même fait sa profession, travaillant comme linguiste à l’Office québécois de la langue française. De plus, il affectionne particulièrement les mots de sa région natale (il est Saguenéen de père, Jeannois de mère et descendant de Charlevoisiens), collectionnant des vocables particuliers, des expressions du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix qui n’ont pas trouvé place dans nos dictionnaires courants ou qui s’évanouissent, victimes de l’abandon des activités traditionnelles, du brassage démographique, de « l’harmonisation de notre style de vie ».

Gaston Bergeron n’a surtout pas voulu « faire simple » en terminant sa quête. Il a regroupé sa collection de mots, trésors du patrimoine familial (qu’il a en fait puisé, en plus de quelques notes personnelles, dans deux grandes études linguistiques dont il fut co-auteur), dans un volume destiné au grand public et publié cet automne au Presses de l’Université Laval :  Discours simple! : mots du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix entendus, perdus et retrouvés, un recueil, présenté par ordre alphabétique, de plus de trois mille termes et expressions sauvés de l’oubli.

Perdant le contact linguistique avec la mère patrie française, en passant sous le régime britannique après 1760, la région de Charlevoix, puis le Saguenay (plus de 80 % des Saguenéens sont originaires de Charlevoix) sont entrés dans une ère de « conservation langagière » de près de deux siècles, préservant des traits de prononciation hérités du français ancien ou des parlers de France : dire « quiens » au lieu de « tiens », « moué » au lieu  de « moi ». On sonorise certaines consonnes (« cheval » devenant « joual »), tandis qu’on fait tomber la consonne finale d’autres mots  (comme cela se pratiquait en France, entre le XIIIe et le XVIIe siècle) : un « quêteur » s’énonce « quêteu », un « siffleur » « siffleu ». On maintient, à d’autres moments le « t » final (une prononciation bien documentée dans le parler de l’Ouest de la France), comme avec ce « toutte » (tout), ou ce « Turcotte » (Turcot). Des anciennes formes du pluriel (qui ont été généralisées au singulier) survivent aussi : « écureu » (écureuil), « chevreu » (chevreuil).

Fouillant dans les lexiques du Vieux continent, Gaston Bergeron a repéré quelque centaines de ces mots et expressions sonnant « typiquement » québécois, mais qui sont en fait des vestiges étonnamment sauvegardés d’anciens parlers régionaux français : « achalant », « adon », « betôt » (pour « bientôt »), « borniques » (pour « lunettes »), « bébelle », « bretter », « fendant » (comme « arrogant »), « garrocher », « grafigner », « maganer », « malcommode », « nanane », « raboudiner », « rincer » (semoncer fortement), « toton » (pour « bête », « idiot »), et bien d’autres encore. Des mots « archaïques », mais qui ont encore, pour plusieurs, une forte allure fringante chez nous.

Certains peuvent regretter des emprunts à l’anglais (il fallait bien combler les carences langagières et terminologiques de la langue), mais les habitants ont su leur donner une tournure merveilleusement française dans la prononciation : « badloqué », « flaille » (de « fly » : braquette), « flo » ou « floune » ( de « fellow » : jeune garçon), « lever le flag » (« déguerpir »), « robine » et « robineux » (de « rubbing alcohol »), « se clairer », « swampe », « scrigne » (de « screen » : porte-moustiquaire)… des mots maintenant  authentiquement « québécois ».

Il y a ces mots à la sonorité mélodieuse, riches d’images, condamnés à disparaître, si ce n’est déjà le cas, victimes de notre mode de vie urbain et moderne : « enveillocher » (faire des « veillottes », des mûles de foin), « manivolle » (une poussière fine issue de la meule), « morfiler » (aiguiser la faux), « piquoué » (aiguillon pour toucher le bœuf), « souiper » (couper des broussailles), « faire de la terre neuve » (défricher un lot pour le mettre en culture), « sourannée » (truie gardée pour l’élevage),…

Et il y a, enfin, ces créations langagières qui ont la couenne dure, ces mots et expressions qui étaient encore bien vivants dans ma jeunesse des années soixante et soixante-dix en banlieue de Québec, dans la cour d’école ou les réunions familiales (et dont je continue à user sans gêne, ni mérite parce qu’ils sonnent justes, parce qu’ils atteignent la cible) : « aguisabe », « atricure », « balôné », « bazou », « bobettes », « chiâler », « démancher », « effoiré », « s’enfarger », « frêdir », « grébiche », « mémérer », « ouéreux », « se mouver », « nono » et « nonotte », « pas allable », « pâte-molle », « peser sur le piton », « péter plus haut que le trou », « portes-de-grange » (pour « grandes oreilles »), « quenoeil » (pour « œil »), « se remmieuter » (se trouver mieux), « renipper » (réparer), « ressourdre » ou « rsourdre » (pour « retontir »), « sacrer le camp », « seiner » (explorer), « taleur » (tout à l’heure), « tapocher », « taponner », « tête-de-pioche », « empester la tonne », « avoir les oreilles chromées », « varger », « virailler », « avoir du visou », « avoir son voyage », « zigouner »… et « zoune ».

Pour faciliter la vie au curieux ou au chercheur pressé, notre collectionneur de mots prend même la peine (il ne veut pas « faire simple », je vous l’ai dit) de les regrouper, en fin de volume, par centre d’intérêt. Il y a, entre autres, alcool (« bacosse », « caribou »,…), animaux (« bebite à patate », « pitou »,…), chevaux et harnais (« arrisée », « pomme de route »,…), enfants (« bavette », « maillet », …), météo (« apparence », « mouillasse »,…), outils (« ciseau à frette », « égouine », « tournavisse », « virbrequin »,…), santé (« grafigner », « pleumure », « rebouteux »), traits de caractère (« brise-fer », « Jos Binne », « panier-percé »), vêtements (« bottes de robeur », « capot à queue », « habillé comme un ours »,…),…

Tendons l’oreille, il y a encore bien d’autres mots à collectionner.

À consulter :

— Gaston Bergeron, Discours simple! : mots du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix entendus, perdus et retrouvés, P.U.L.

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