18Mai
Christian Vachon
Philosophie

La séduction du baratin

« L’un des traits les plus caractéristiques de notre culture est l’omniprésence du baratin »
– Henry G. Frankfurt

Envahissante « bullshit »! Bien avant Facebook, bien avant Internet, Henry Gordon Frankfurt, professeur émérite de philosophie à Princeton aux États-Unis, nous alertait déjà au milieu des années 80 sur cette connerie triomphante dans un long article de revue intitulé On Bullshit qui fit sensation dans les milieux cultivés. Le texte, repris en bouquin, réédité à diverses reprises, deviendra livre-culte. Cette théorisation originale de la « bullshit » à la fin sérieuse et ludique et plus qu’actuelle, où l’auteur convoque Saint-Augustin et Éric Ambler, est enfin traduite en français, en ce début d’année 2017, par Didier Sénécal sous le titre De l’art de dire des conneries, chez l’éditeur Mazarine.

Comment repérer à coup sûr la « bullshit », le baratin? Fouillant dans le dictionnaire, nous invitant à ne pas confondre fumisterie et connerie, baliverne et connerie, Frankfurt découvre finalement les caractéristiques fondamentales du baratin dans un épisode de la vie de Ludwig Wittgenstein, ce grand esprit qui a dédié une bonne part de ses investigations philosophiques à identifier et combattre « les forces insidieuses et perturbatrices de l’absurdité ».

Lorsque visitant dans les années 1930 son amie Fania Pascal hospitalisée en clinique, et que celle-ci lui décrit son état en usant d’une formule imagée où elle se compare à un cabot écrabouillé, Wittgenstein lance cette réplique : « Vous ignorez ce que ressent un chien qui vient de se faire écraser ». La réponse du logicien peut paraître brutale, manquer de tact, être à la limite du ridicule, mais elle s’attaque, selon Frankfurt, à l’essence même du baratin. Wittgenstein reproche à Fania Pascal de ne pas donner une représentation exacte de la vérité, de ne pas même essayer. La « bullshit », c’est « l’absence de tout souci de vérité, l’indifférence à l’égard de la réalité des choses ».

Le baratineur est « un plus grand ennemi de la vérité que le menteur ». Le baratineur se fout du savoir. La personne qui entreprend de se sortir d’embarras en racontant des conneries plutôt que des mensonges dispose d’une liberté beaucoup plus grande. « Plus besoin de viser comme un tireur d’élite », il suffit de raconter des conneries « en fonction d’un programme adapté à des circonstances données ».

Personne ne peut mentir sans être persuadé de connaître la vérité. Cette condition n’est en rien requise pour émettre des conneries. Le baratineur n’est ni du côté du vrai, ni du côté du faux. Il lui suffit d’improviser, de faire « pittoresque ». Être baratineur séduit. Être « roi des déconneurs », c’est mériter l’acclamation du public.

Pourquoi le baratin est-il si répandu? Frankfurt répond que la production de conneries est stimulée quand les occasions de s’exprimer sur « une question donnée l’emportent sur les connaissances de cette question », et il a écrit cela bien avant l’émergence des réseaux sociaux.

Le philosophe de Princeton identifie en fait des sources plus profondes à cette prolifération contemporaine du baratin : la popularité des diverses formes de scepticisme qui nient toute probabilité d’accéder à une réalité objective et par conséquent de connaître la nature véritable des choses (la vérité, « nous le savons tous », est toujours ailleurs); l’abandon de la discipline nécessaire à toute personne désireuse de se consacrer à l’idéal d’exactitude (la rigueur, c’est exigeant) au profit d’une autre sorte de discipline, celle qui requiert l’idéal alternatif de sincérité.

Ce qui importe, à l’ère du baratin, c’est de ne plus parvenir à une représentation exacte du monde, mais de donner une représentation honnête de soi-même, d’être fidèle à sa propre nature. Bullshit! Belle fumisterie que cela, dénonce l’universitaire américain. « Aucune théorie ni aucune expérience ne soutient ce jugement extravagant selon lequel la vérité la plus facile à connaître pour un individu serait la sienne ».

Frankfurt assène le coup final : « Les faits qui nous concernent personnellement ne frappent ni par leur solidité, ni par leur résistance aux assauts du scepticisme. Chacun sait que notre nature insaisissable, pour ne pas dire chimérique, est beaucoup moins stable que celle des autres choses. La sincérité par conséquent c’est du baratin ».

Soyons honnête, soyons « sincère », avouons que nous n’avons pas une réponse à tout, que nous n’avons pas une opinion sur tout, sur l’élection de Trump ou la culture de la betterave, quitte à ne pas être aussi séduisant ou populaire que le baratineur. À défaut des acclamations, vous aurez tout de même le sentiment de ne pas empester votre entourage de « bullshit ».

À consulter :

— Harry G. Frankfurt, De l’art de dire des conneries, Mazarine.

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