13Avr
Christian Vachon
Histoire

La morue, trésor caché de la Nouvelle-France

Pari risqué de Mario Mimeault, dans sa Pêche à la morue en Nouvelle-France, publié ce mois de mars chez l’éditeur québécois Septentrion, que de rendre passionnante une aventure qui, à prime abord, n’a ni le pittoresque, ni l’aspect « sexy » des coureurs de bois dans notre imaginaire collectif. Pari tenu, l’historien de la Gaspésie nous convainc de l’importance inattendue de l’industrie de la pêche dans les premiers siècles de la colonie française, tout en nous emballant pour sa riche histoire.

La pêche à la morue, une richesse naturelle qui se renouvelle constamment (du moins à l’époque), rapporte gros, fait vivre des centaines de gens en Nouvelle-France, « pourvu que la paix règne », est un élément moteur de l’économie coloniale. Exemple de son importance vitale : la France n’aurait jamais signé le traité de Breda, en 1667, et d’Utrecht, en 1713, si l’Angleterre lui avait refusé l’accès aux grands bancs de morues. Même chose au moment de conclure le traité de Paris en 1763. Préoccupée plus que jamais par ses territoires de pêche dans l’Atlantique Nord, la métropole française préfère céder le Canada plutôt que d’abandonner ce filon lucratif que représente l’archipel Saint-Pierre-et-Miquelon (avec ses droits marins), près de Terre-Neuve.

Étudiant de façon approfondie les principaux lieux d’exploitation de la pêche à la morue au Canada, exposant les échanges entre les entrepreneurs canadiens et français, Mario Mimeault révèle l’existence d’une industrie canadienne dynamique de la pêche sous le régime français, souligne qu’un monde maritime a aussi donné vie à la Nouvelle-France, un aspect trop longtemps ignoré de notre historiographie.

Pourtant, cet aspect paraissait tellement évident. C’est cette quête de la morue, un poisson alimentant une bonne partie de l’ouest de l’Europe dès la fin du moyen âge, qui mène les premiers explorateurs en Amérique du Nord. Entre 1544 et 1599, au moins 635 morutiers basques français vont naviguer en direction de l’Atlantique du Nord. En 1659, on ne besogne pas qu’à Québec et à Montréal; on signale la présence de 10 navires morutiers et 500 marins pêcheurs français pour le seul havre de Percé.

C’est toutefois, il faut l’avouer, seulement vers cette période – le milieu du XVIIe siècle – que débutent les premières tentatives connues de pêche chez les Canadiens. Elles sont entreprises par Pierre Denys de La Ronde vers 1671 dans l’anse de Percé et par Denis Riverin, sur le versant nord de la péninsule gaspésienne. Il faut parler de débuts laborieux, de débuts handicapés par une main d’œuvre instable et peu qualifiée, par le manque de soutien financier de Québec et de Versailles, par des investisseurs privés capricieux et hésitants. Des débuts aussi gênés par le désordre international, les troubles de la guerre. Les projets de de La Ronde et de Riverin échouent à la fin du XVIIe siècle. Mais ces revers prennent l’allure d’une réussite : une pépinière de marins pêcheurs canadiens essaiment, « que l’on va retrouver partout sur les côtes de la Nouvelle-France » au siècle suivant.

Au début des années 1700, des navires de pêche canadiens étendent déjà leurs activités sur les côtes du Labrador, une présence qui, il faut l’admettre, ne pèse pas lourd face aux morutiers métropolitains (français), mais une présence tout de même. Le Séminaire de Québec, entre autres, va y envoyer un équipage de pêche, la Sainte-Famille.

Ce sont toutefois les lendemains du traité d’Utrecht, en 1713, qui vont donner le coup d’envoi à l’industrie de la pêche canadienne. La perte de l’Acadie, et surtout de Terre-Neuve, va obliger la France à réaménager ses habitudes de pêche en Amérique du Nord. Une enquête sur « L’état des Pêches » dans le golfe du Saint-Laurent, commandée par le Ministère de la Marine en 1723, aboutit à la nécessité d’établir des emplacements de pêche, voire même des colonies de peuplement, entre Gaspé et la Baie des Chaleurs. La première grande seigneurie maritime va naître en Nouvelle-France. Une première classe industrielle liée au commerce de la pêche va émerger également.

Dès 1729, à l’entrée de la Baie des Chaleurs, prospère l’établissement des Lefebvre de Bellefeuille, seigneurs de Pabos, qui va rapidement devenir l’un des plus importants lieux de pêche à la morue de la côte est de la Nouvelle-France, un établissement ayant des liens commerciaux directs avec la Bretagne et le Pays basque, assumant même la mise en marché en Europe.

Ailleurs, Pierre Revol se dote de plusieurs établissements qu’il éparpille aux quatre coins de la baie de Gaspé. L’homme déborde de dynamisme industrieux. À la pêche, il va ajouter à ses cordes l’agriculture, la coupe forestière, la construction navale. Revol est, en fait, un audacieux en situation illégale, sans titre seigneurial. Les autorités coloniales refusent de lui céder des concessions, réservant les côtes gaspésiennes aux morutiers métropolitains. Mais elles ne l’expulsent pas. Elles ont besoin de lui.

C’est que Versailles compte sur la présence des producteurs coloniaux sur les rives du golfe du Saint-Laurent pour garantir son appropriation des lieux face aux revendications de l’Angleterre et de ses colonies, une menace qui devient de plus en plus palpable après 1755. Versailles adopte alors la plus « cheap » des solutions, s’appuyant sans rien débourser sur les épaules d’un simple morutier – le cas de Revol–, pour « monter la garde ». Solution ridicule, on le découvrira.

Le dynamisme des Lefebvre de Bellefeuille et de Revol s’avère des plus fructueux en ces temps d’abord pacifiques. Le peuplement s’accélère entre 1730 et 1750. D’une société tournée vers la mer, centrée sur la capture du poisson, tout à fait différente de celle qui est implantée à l’intérieur de la colonie, jaillit une société viable et qui « rapporte ». L’industrie de la morue est « rentable pour les pêcheurs, rentable pour les armateurs, rentable pour les producteurs ». Elle est surtout une industrie exercée par les entrepreneurs canadiens à leur profit. La pêche à la morue va représenter, au début des années 1750, plus de 10 % de la valeur des exportations de la Nouvelle-France. La morue va même se substituer à la monnaie, offrant plus d’attrait chez les habitués de la pêche que l’argent de papier. François Arbour, entre autres, acquitte en 1752 un emprunt de 214 livres en morue sèche livrable à Gaspé.

Mais le beau rêve prend fin, interrompu encore une fois par la guerre, interrompu aussi par cette négligence de la France « d’investir » dans la protection de ce riche territoire. Les hommes du brigadier-général Wolfe vont ravager en septembre 1758 l’infrastructure de pêche des Canadiens depuis Miramichi jusqu’à Mont-Louis, en passant par Anticosti et la Basse Côte-Nord. Pierre Revol, à lui seul, va subir des pertes énormes (près de 448 000 livres sonnantes).

Cela ne clôt nullement cette aventure de la pêche à la morue canadienne. Le changement d’allégeance ne met pas un terme aux activités de pêche. La paix revenue, les pêcheurs regagnent tranquillement leurs villages. En 1760, 2050 personnes vivent à nouveau sur le littoral, entre Miramichi et Gaspé. Si les agents économiques supérieurs changent (et la provenance du financement aussi), les infrastructures (rebâties) et modalités de fonctionnement demeurent. La ressource est encore là… jusqu’en 1990. Le trésor va être bêtement dilapidé.

À consulter :

— Mario Mimeault, La pêche à la morue en Nouvelle-France, Septentrion.

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