3Oct
Christian Vachon
Biographies

La chancelière improbable

« Je ne suis pas vaniteuse. Je sais utiliser la vanité des hommes »
Angela Merkel

Elle n’a rien d’éclatant. Elle ne suscite nullement l’enthousiasme. Son allure, ses fringues, son air constamment égaré nous font, plus souvent qu’autrement, tirer des sourires moqueurs plutôt qu’admiratifs. Pourtant, elle est la femme la plus puissante du monde. Pourtant, elle vient tout juste d’obtenir un quatrième mandat à la chancellerie de l’Allemagne. Seul Poutine, dans la sphère occidentale, peut rivaliser avec elle sur les plans de la longévité et de l’endurance (plus de douze ans) à ce niveau de l’État.

Quel est le secret d’Angela Merkel? « Elle ne va pas crier sur les toits qu’elle est forte. Elle est forte, point », nous dévoile la grande reporter Marion Van Renterghem dans la biographie Angela Merkel : un destin, publiée chez Édito au Québec (en collaboration avec l’éditeur français Les Arènes). Il s’agit d’un portrait fouillé d’une politicienne que l’auteure nous fait, sinon chérir, du moins respecter, le portrait d’une femme qu’on dit « dépourvue de charisme », mais qui s’est construit un capital de réputation « à une époque où la réputation est le bien le plus précieux ».

Merkel est une femme, une politicienne à part. Elle est une Ossie, une ancienne résidente de cette Allemagne dite de « l’Est » qui fut, pendant plus de quarante ans, sous le joug soviétique. Elle « sait ce que la notion de liberté signifie ». Elle est une protestante, et divorcée, au sein d’un parti conservateur, le CDU-CSU, composé majoritairement d’hommes catholiques. Elle a une formation de scientifique, ne tâtant réellement de la politique qu’au milieu de la trentaine. Elle ne cherche donc « pas à briller, mais à faire ». Elle est surtout une femme de valeurs (et non de stratégies), bien qu’elle soit parfois (nous allons le découvrir) une tacticienne des plus machiavéliques. Elle professe des valeurs fortes et permanentes, dont l’une d’elles est l’Europe. Angela Merkel incarne finalement la « métamorphose de l’Allemagne », un pays « très spécial », avec une histoire « très spéciale ».

Retrouvant des amis d’enfance, rencontrant un de ses anciens professeurs de mathématiques (« Angéla était un phénomène »), interrogeant des acteurs et des témoins de son ascension, ou obtenant les confidences de familiers proches, comme le cinéaste Volker Schlöndorff, Marion Van Renterghem nous fait priser ce parcours des plus improbables d’Angela Merkel vers la tête de la chancellerie allemande.

Tout est inhabituel dans la vie d’Angela. Au lieu de fuir, elle et sa famille, l’Allemagne de l’Est pour l’Ouest lors de la guerre froide, elles vont faire le chemin inverse. Son père, Horst Kasner, pasteur protestant, quitte l’Allemagne de l’Ouest, en 1957, avec sa femme et ses enfants (incluant la jeune Angela, née à Hambourg, le 17 juillet 1954), pour se rendre à l’Est. L’Église protestante manquant de pasteurs dans la zone soviétique, il s’est vu offrir un poste pour former des séminaristes. Il n’a pu résister à l’aventure. Horst Kasner est décédé en 2011 (la mère d’Angela, Herlind, octogénaire, est toujours vivante). Longtemps, malgré ses travers, Horst va considérer la RDA comme la « meilleure » des deux Allemagnes. Il ne reniera jamais sa sympathie pour l’utopie socialiste.

La jeune Angela, elle, sera beaucoup plus critique du régime, mais elle va apprendre la prudence, « s’activant dans le seul domaine épargné par la propagande idéologique de la RDA : la science ». En 1986, elle passe une thèse de doctorat en chimie quantique, à Adlershof, un quartier de Berlin-Est.

Bien que ce soit avec une indifférence apparente qu’elle va vivre le soir historique de la « chute du Mur », le 9 novembre 1989 (« Je me suis promenée… puis je suis rentrée le soir même : j’avais suffisamment rencontrée d’inconnus pour la soirée »), elle s’enrôle tout de même, quelques semaines plus tard, dans le Renouveau démocratique, un mouvement réformiste largement composé de protestants, voire de théologiens. Elle y fait un apprentissage de la politique, comme une scientifique, avec lenteur, avec méthode. Parce qu’elle se révèle « pédagogue, disponible, claire et concise, d’humeur égale », elle devient la porte-parole idéale, autant de ce Renouveau que du gouvernement de Lothar De Maizière qui dirigera la RDA « avec mission de la faire disparaître », une « mission » accomplie, le 3 octobre 1990, avec la réunification allemande.

Au bon endroit, au bon moment (elle aurait pu aussi bien devenir sociale-démocrate, si le gouvernement de l’Allemagne de l’Ouest avait alors été dominé par les sociaux-démocrates), elle se fait remarquer, à cette époque-là, par le chancelier conservateur Helmut Kohl (« il y a quelque chose que j’aime dans cette personne, dans sa vie ») qui avait besoin d’une représentante de l’Est dans son premier cabinet de la réunification. Candidate du CDU-CSU, elle va réussir à se faire élire. Personne ne comprend trop ce qu’Helmut Kohl trouve à sa jeune ministre de 36 ans, « peu causante, habillée comme l’as de pique ». On la sous-estime. On se moque d’elle. La Mädchen est un « ovni absolu » au sein de la CDU. C’est, encore une fois, le secret, la force d’Angela. Elle n’inquiète, ni ne dérange, ni n’attire le regard. Elle fait profil bas, écoute et apprend.

Celle qu’on surnommera plus tard Mutti (la mère, maman), se mua d’abord en « serial killer », avant son arrivée au pouvoir en 2005, parvenant à « tuer » Helmut Kohl par une lettre assassine au Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 22 décembre 1999 (« les processus mis en place par Kohl sont nuisibles – avec, entre autres, le scandale des « caisses noires » – au parti ». Elle « liquide » ensuite ses autres adversaires au sein du parti sans les affronter, « comme les mâles en ont l’habitude dans la jungle politique ». Elle les attaque plutôt « tout en douceur et les laisse s’éliminer entre eux ».

La voilà finalement au pouvoir, dans un gouvernement de coalition, le 18 septembre 2005. Elle y installe son Girls camp : son éminence grise, la secrète Beate Baumann, et sa porte-parole, la souriante Eva Christiansen. Féministe Angela? « Pour être honnête, j’aimerais… Je ne veux pas me coller cette étiquette ». Il faut dire qu’en-dehors d’Eva et de Beate, Angela est plutôt entourée de conseillers hommes, tous (surtout son secrétaire d’État à l’information, Ulrich Wilhelm, le « quatrième mousquetaire ») « plus exceptionnellement compétents les uns que les autres ».

À la chancellerie, elle exerce « l’art merkellien » : « convaincre en ayant l’air de rien, à coups de petits bavardages et de tête-à-tête furtifs ». Elle mène une vie privée modeste, discrète.

Elle devient Globale Mutti, la patronne des défis mondiaux. Elle sait faire sentir le poids de l’Allemagne, sans avoir besoin de hausser le ton, car « l’Allemagne change », une « Allemagne pas tragique », « débarrassée de ses complexes et de sa honte d’elle-même ».

Elle doit aussi jongler avec ses deux « Merkel » : Merkel « la comptable » (avec ce « dogme » allemand de la stabilité et de l’austérité), et Angela « l’humaniste », « la moralisatrice au petit pied et la moraliste au grand cœur ». La crise grecque du début des années 2010 nous a offert un excellent indice de cette ambivalence « merkellienne ».

L’humaniste Angela (un mélange de foi chrétienne et de responsabilité face à l’histoire) triomphe toutefois en septembre 2015. Elle ouvre les portes de l’Allemagne aux quelques  800 000 migrants fuyant la guerre en Syrie : « Wir schaffen das » (« Nous allons y arriver »).

Malgré l’arrivée de Donald Trump à la présidence américaine, tournant le dos à l’Europe et au monde, elle refuse d’endosser le rôle de leader mondial occidental. « L’Allemagne veut être forte, oui, mais pas trop ». Le traumatisme de l’histoire, en dépit de tout, est toujours là. Heureusement, il y a maintenant Macron à la présidence de la France. Elle n’est plus seule à être prise en étau entre Poutine (qui lui donne aussi bien du fil à retordre) et Trump. Avec Macron (formant le duo M & M), elle pourra mieux résister.

Angela est un pôle de stabilité « dans un monde qui se disloque ». Avec son quatrième mandat, croyait Marion Van Renterghem, elle n’avait plus rien à prouver ni à perdre. Elle pouvait se permettre « de faire de la morale sa principale boussole ». Elle avait écrit cela au début de l’été, avant de connaître les résultats des élections fédérales allemandes, confirmant la montée de l’extrême-droite comme troisième force politique au pays (profitant du déclin des sociaux-démocrates). Mutti devra-t-elle redevenir une « serial killer »?

Une biographie des plus éclairantes nous livrant le portrait, et les valeurs solides, de la plus inattendue (et remarquable) des chefs d’État du XXIe siècle.

À consulter :

— Marion Van Renterghem, Angela Merkel : un destin, Édito.

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