18Juin
Christian Vachon
Histoire

Ils voulaient la paix, ils eurent la guerre

Hitler, un homme de paix ?  Motivés par le « Plus jamais ça ! » des années qui suivirent les boucheries de la Grande Guerre, ils étaient des millions de Britanniques à vouloir le croire, à inciter leur gouvernement à mener une politique d’apaisement face à l’Allemagne.  Voulant la paix, ils eurent finalement la guerre.  Cette idée noble, ce pacifisme, a-t-il mené à l’aveuglement, au désastre moral ?

Un essai récent, salué par ses pairs, d’un jeune histoire anglais peut nous permettre d’en juger.   Apaiser Hitler (une traduction d’Appeasing Hitler) de Tom Bouverie, publié cet hiver 2020 chez Flammarion, fait revivre les six années de marché de dupes, de 1933 à 1939, imposés aux Européens, et particulièrement aux Britanniques, par Hitler.  De quoi nous consterner.

Tim Bouverie est un brillant fleuron de cette tradition anglo-saxonne de la « Narrative History » qui transforme une enquête documentaire rigoureuse en récit haletant.  Et les surprises sont nombreuses.  Au lieu de s’en tenir uniquement aux principaux protagonistes, les chefs de gouvernement du temps, Bouverie s’intéresse aux agissements de personnalités moins connues, en particulier des diplomates  amateurs (un marquis de Lothian, un lord Rothermere, et d’autres),  des gens qui refusent de voir Mein Kampf (un texte de jeunesse « dénué d’importance », des «divagations devenues obsolètes » selon eux) comme le modèle du gouvernement hitlérien, des gens prêts à partir en mission pour apprivoiser le Führer, des gens prêts à pendre le thé avec lui, menés par cette illusion qu’avec un peu de bonne volonté, il est possible de raisonner ce type, qui n’est certainement pas un voyou.

Bien sûr, au final, les décisions vont être prise par un nombre remarquablement restreint d’individus, mais, Bouverie en fait une saisissante démonstration, les dirigeants européens sont attentifs à l’opinion publique, une opinion publique, spécialement au Royaume-Uni, ouverte à corriger « les injustices du passé », à ramener « l’Allemagne dans la communauté des nations ».  « Pendant la plus grande partie des années 1930, les dirigeants démocratiquement élus de Grande-Bretagne et de France demeurent convaincus que leurs populations refuseraient d’apporter leur soutien à une politique risquant de mener à la guerre, et agirent en conséquence.  Mais si la guerre était inévitable ?  Et si Hitler s’avérait insatiable ?  Et si le désir même d’éviter la guerre ne la rendait plus susceptible d’advenir ? ».

De fait, les Britanniques envisageront n’importe quoi (y compris céder des colonies africaines), sauf la force (et surtout pas une guerre préventive.  Résultat : chaque capitulation (on accepte le rétablissement le rétablissement de la conscription en Allemagne, on accepte la volonté du Führer de bénéficier d’une flotte équivalent à 35% du tonnage de la Royal Navy, on accepte la remilitarisation de la Rhénanie) en engendre une pire encore ;  des capitulations équivalentes à des trahisons de la France, une France « pierre d’achoppement sur le champ de la paix ».  Pendant ce temps, et surtout en 1936 et 1937, des vagues de touristes et de sympathisants de droite anglais, admiratifs, défilent en Allemagne, ce « paix des merveilles d’Hitler ».  La germanophilie à le vent en poupe.

Certes, il y a des parlementaires, fins connaisseurs de la vraie nature du nazisme, comme Winston Churchill, qui mettent en garde les pacifistes, osent parler de réarmement.  Certes, on adore les écouter parler, mais on ne suit guère leurs conseils.

Depuis 1937, surtout, la Grande-Bretagne a comme premier ministre Neville Chamberlain, un homme convaincu que Dieu l’a choisi pour empêcher les guerres, un homme persuadé qu’Hitler n’est guère de ses électeurs de Birmingham, des types honnêtes qu’on peut convaincre.  Il va, alors, se comporter comme un petit garçon qui « va jouer avec un loup, croyant que c’est un mouton ».

Et le mouton déguisé le berne.  Il obtient la « paix pour notre époque » grâce aux accords de Munich, de la fin septembre 1938 (humiliant la Tchécoslovaquie, et forçant les Français à participer à cette humiliation, par le charcutage de son territoire au détriment d’Hitler), atteignant des sommets de popularité (70% d’approbation), en plus d’avoir le soutien de la plupart des journaux.

L’optimisme de Chamberlain ne se dément pas, même après la « Nuit de Cristal », en novembre 1938, même après l’invasion de la Tchécoslovaquie, en mai 1939, même après les ultimatums belliqueux d’Hitler envers son voisin polonais, au milieu de l’été, alors qu’une politique d’apaisement devient insoutenable (ce que confirme les sondages :  76% des Britanniques en faveur d’honorer les obligations de la Grande-Bretagne envers la Pologne), cherchant toujours des solutions pour préserver cette « paix pour notre époque ».

Dantzig vaut-elle une guerre ?  Hitler ne le croit pas.  Il est convaincu, à la fin du mois d’août, que « les buveurs de café de Londres et de Paris resteront tranquilles cette fois-ci aussi ».   Il aura à la fois tort…

… et raison.  Les « buveurs de café » (et de thé) déclarent la guerre, mais restent effectivement chez-eux .   Il n’y a  « pas de volonté, ni du côté des dirigeants français et britanniques, ni du côté de leur population, de mener l’offensive ».

Fortifiée par cette interrogation :  « Pourquoi nous nous battons ? », la politique d’apaisement connait un ultime sursaut.  Il faut attendre, à la fin du printemps 1940, aux lendemains de l’écroulement militaire français, de la démission de Chamberlain, et de la déroute, le 25 mai, d’un lord Halifax, envisageant des pourparlers de paix, pour la voir s’éteindre définitivement par le discours, au début juin, du «nous nous rendrons jamais » du nouveau premier ministre britannique Churchill.

L’incapacité à percevoir la nature monstrueuse du régime nazi est « le plus grand échec de la classe politique britannique au cours de cette période ».  Toutes les faillites –l’insuffisance du réarmement, l’incapacité à construire des alliances (notamment avec l’Union soviétique), la non-sensibilisation, surtout, de l’opinion publique- découlent de celle-ci.

Tim Bouverie ne plaide nullement les circonstances atténuantes pour ces « reste-en-paix », si noble qu’ils soient, éblouis par la propagande nazie (dissimulant, entre 1935 et 1938, les lacunes de son armée), qui accumulèrent les occasions ratés d’en finir (épargnant bien des souffrances), avant la tragédie de 1939-1945, et ses millions de morts.

–  Apaiser HitlerTim Bouverie, Flammarion

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