Page_Historique
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| Par Nicolas Tremblay |
| [Collaboration spéciale]
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| Pour comprendre la foi
qui animait la gang des débuts de Pantoute, il faut se représenter
le troisième étage d'un édifice assez calamiteux
donnant sur l'impasse de La Cour, en retrait de la rue St-Jean, dans
le Vieux Québec. Dans un capharnaüm encombré d'ouvrages
et de revues récoltés pêle-mêle dans les
bibliothèques de copains et copines curieux de tout et particulièrement
chevelus, Denis LeBrun et Maryvonne Le Port recyclaient les oeuvres
de la culture underground des années soixante-dix. Inconscience
délibérée ou stratégie de marketing aux
effets incalculables?
Quoi qu'il en soit, les écrits de la contre-culture si chers
aux artisans de Pantoute se vendaient aussi bien neufs qu'usagés,
ce qui a incité ses fondateurs à modifier quelque
peu leur entreprise de recyclage. L'inventaire s'est transformé:
on a fait du neuf avec du vieux. Et au fur et à mesure que
s'opérait cette mutation, les contours d'une librairie unique
en son genre se précisaient. Il fallait créer un foyer
de lecture pour les idées nouvelles qui secouaient l'Amérique
en guerre au Viet-Nam, mettre en vitrine les philosophes, les écologistes,
les poètes et les romanciers qui ébranlaient les certitudes
du monde, rendre compte des progrès enregistrés par
le mouvement féministe qui se faisait jour ici comme ailleurs.
Mais il fallait surtout déménager!
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| Seconde fondation |
| À l'automne de 1973, sur la base
d'une mise de fonds initiale de trois mille dollars, la librairie
Pantoute sortait donc de l'Impasse pour aller se nicher dans un rez-de-chaussée
plus douillet de la rue Garneau. Entre temps, le chemin de Maryvonne
avait bifurqué tandis que Dominique Duffaud et Anne-Marie Guérineau
décidaient de se joindre à l'aventure que poursuivait
Denis LeBrun. Les artisans de Pantoute se passionnent pour les
livres, mais ce sont aussi des gens de parole. Vendre des livres
et des revues, c'est bien. Mais encore faut-il qu'on en parle. Cette
préoccupation explique la tradition d'animation qui accompagne
l'histoire de la librairie, à commencer par les lectures
et les causeries qu'on organisait au Café Temporel au milieu
des années soixante-dix en compagnie des Monique Proulx,
Pierre Morency, Suzanne Paradis, Louis Gauthier et combien d'autres.
La même préoccupation fut également à
l'origine de la création, en 1974, d'une première
version du Bulletin Pantoute qui a connu une existence éphémère,
puis en 1980, d'une seconde version plus étoffée qui
prépare elle-même la naissance de la revue d'actualité
littéraire Nuit Blanche. Entre 1973 et 1980, l'Équipe
de Pantoute a également tâté les secteurs de
l'édition et de la diffusion. On importe notamment d'Europe
des albums de BD et des revues comme L'Écho des Savanes,
Ah! Nana, Métal Hurlant et Fluide Glacial, en plus d'un assortiment
de publications alternatives réputées introuvables.
On ne fait rien comme tout le monde chez Pantoute. En avance sur
le débat touchant les jours d'ouverture des commerces, la
librairie a adopté la formule du sept sur sept.
En 1980, Denis LeBrun constate dans le Bulletin Pantoute que la
librairie s'est taillée une place entre ses deux principales
concurrentes du Quartier Latin. Tout en élargissant ses perspectives
idéologiques, Pantoute s'est constituée en sept ans
d'appréciables fonds spécialisés, notamment
en sociologie, en psychologie, en littérature québécoise
et dans les genres dits paralittéraires comme la science-fiction
et la BD. Une foule de jeunes de Québec, par osmose, s'y
retrouvent comme chez eux.
Le passage des années soixante-dix aux années quatre-vingt
correspond pourtant à une période critique pour l'entreprise.
En 1977, la librairie Pantoute déménage de la rue
Garneau à la rue Couillard. C'est un troisième local
! On n'y trouvera désormais que du neuf. L'année suivante,
la structure de propriété de la librairie change alors
que ses trois propriétaires cèdent la majorité
de leurs part à vingt-quatre de leurs meilleurs clients,
nouant un partenariat inédit dans ce genre de commerce. Mais
il y a surtout cet incendie brutal qui, une nuit d'hiver de 1980,
dévaste la librairie. De surcroît, le travail des pompiers
a transformé l'inventaire de la librairie en bibliothèque
de glace. Le montant des assurances ne permet guère d'envisager
la réouverture du commerce. Qu'à cela ne tienne !
L'équipe de Pantoute prouvera bien encore une fois qu'elle
s'y connaît en système D. On fait le pari de tenir
une vente de feu surréaliste dans un local de la Côte
du Palais où se bousculent les biblivores. Les ouvrages endommagés
par l'eau seront vendus à la criée par Jean Lefebvre,
alias Obelix. La marchandise est humide ? Pas de problème
: on sèche le matériel sur place à l'aide d'une
batterie de fours à micro-ondes loués pour la circonstance.
L'opération connaît un tel succès que Pantoute
renaît de ses cendres et s'installe quelques mois plus tard
dans un cinquième local, rue St-Jean, presque en face de
son impasse natale.
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| Fondation et empire |
| Commence alors une nouvelle époque
pour l'entreprise qui entre dans sa phase de maturation. L'adolescence
de Pantoute s'incarne d'abord sous les traits de Gilles Pellerin.
C'est un homme aux mille et uns talents qui contribue autant, par
sa plume, au succès de la revue Nuit Blanche, qu'au rayonnement
de la librairie par son sens de l'organisation et l'entregent dont
il fait preuve dans es fonctions de gérant.
Milieu des années quatre-vingt: la librairie s'agrandit
en se dotant d'une mezzanine, ce qui permet de multiplier les événements
spéciaux. Rares sont les semaines où les clients ne
sont pas conviés à venir entendre des lectures ou
des conférences, à se rendre à un lancement,
à visiter les expositions thématiques que présente
régulièrement la librairie sur des thèmes variés.
L'autre visage de l'adolescence de Pantoute, c'est une petite libraire
du genre cool. Elle a joint les rangs de l'équipe en 1985.
Elle s'appelle Claire Taillon. À la suite de Gilles Pellerin,
c'est elle qui, mine de rien, va faire passer l'entreprise le cap
administratif à l'approche des années quatre-vingt-dix.
Sous l'arc-en-ciel de la contre-culture qui inspire la librairie
depuis les débuts, il est désormais permis de parler
d'objectifs commerciaux et de rentabilité à long terme.
Elle ne s'en prive pas. Il faut parler d'informatisation? On y va.
Est-ce renier pour autant l'esprit des pionniers? Pas du tout, estime
celle qui assume la gérance de la librairie depuis 1987,
et qui n'a jamais cessé de défendre un fonds, comme
doivent le faire les libraires dignes de ce nom, laissant à
d'autres la vente de papeterie ou de disques. Du reste, les temps
changent mais la force traditionnelle de la librairie demeure: la
qualité de son personnel.
Denis LeBrun porte toujours la barbe mais sa chevelure a raccourci.
Lui qui n'a rien perdu de son énergie, de son imagination
et de son sens de l'entrepreneurship, apporte aujourd'hui au projet
un brin de sagesse. Au début des années quatre-vingt-dix,
il réinvestit dans la librairie qui s'agrandit une fois de
plus. Pantoute a maintenant triplé sa surface depuis son
installation sur la rue St-Jean. Enfin, les tout récents
travaux d'agrandissement ont doublé à nouveau la surface
de la librairie qui compte maintenant plus de 50 000 titre en inventaire.
Des projets d'avenir? La librairie Pantoute n'en manque pas, à
commencer par son site web, Le libraire, sa nouvelle succursale
sur la rue St-Joseph et beaucoup d'autres surprises pour les prochaines
années.
Comme les meilleurs feuilletons, c'est une histoire à suivre...
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