13Mar
Christian Vachon
Histoire

Édouard VII le séducteur, le roi d’Angleterre qui conquit la France

« Édouard VII règne à Londres, et gouverne à Paris »
Émile Fleurus, ministre des Affaires étrangères de la France

 

Nul doute que son charme conquérant, s’il avait vécu plus longtemps, aurait pu faire tomber le reste de l’Europe, et éviter à celle-ci une guerre meurtrière. Stephen Clarke, francophile, et auteur réputé de God Save the France, nous en livre les preuves dans Édouard VII : un roi anglais made in France (une traduction, chez Albin Michel, de Dirty Bertie : An English King made in France), un portrait à la fois divertissant et fouillé, «véridique et non censuré », d’un dirigeant sous-estimé, « d’un Européen authentique, d’un homme qui rompit avec le chauvinisme britannique et tenta d’imposer la paix internationale ». Et ses mérites, Édouard les doit à sa « longue éducation française », car ce sont les voisins d’Outre Manche qui apprirent au futur roi d’Angleterre à séduire la planète entière.

Rien ne destine pourtant le jeune Albert Edward, né au palais de Buckingham le 9 novembre 1841, à un tel rôle « enjôleur », soumis qu’il est à une éducation stricte et tyrannique, « à l’allemande », par sa mère, la reine Victoria (qui ne cachera jamais, au long de sa vie, son mépris pour cette France « pays de républicains impies et de sybarites », de jouisseurs). « Le miracle » s’accomplit en 1855, lors d’une visite d’État de Victoria en France, une première depuis quatre siècles, à l’invitation de l’Empereur Napoléon III. Le jeune prince Albert l’accompagne. Nous sommes alors témoin des « vacances familiales les plus réussies de l’histoire ». Bertie (comme on surnomme l’enfant) a cette révélation : « on peut avoir une vie meilleure ailleurs ». Il ne dissimule pas son coup de foudre pour cette France frivole, enjouée, à l’opposé de son univers austère londonien, à son hôte Napoléon III : « Vous avez un très beau pays. J’aimerais être votre fils ».

Son apprentissage de la joie de vivre se poursuit lors d’un autre séjour, dans la grande région parisienne, en 1862. Des « dames du palais » vont se charger « de l’éducation sentimentale » du prince anglais, invité personnel de l’Empereur, à Fontainebleau.

Son mariage, le 10 mai 1863, avec la princesse Alexandra, ne l’empêche ni de jouer, ni de s’amuser. Il est même un « passeport lui permettant de courir les jupons sans entraves ». Il entame, non sans avoir une nombreuse descendance avec son épouse, des « virées de célibataire » à Paris, se taillant, là-bas, une réputation « d’animal social », « inspirant confiance par son rire joyeux ». La fête s’interrompt brutalement en 1870, avec cette défaite désastreuse de la France impériale face à l’ennemi prussien. Un dur coup, personnel, pour Bertie, d’autant plus que sa famille « pro-allemande » se réjouit de la victoire de la « Prusse puritaine », face à la « frivolité de la France ».

L’histoire d’amour entre Bertie et Paris n’arrive pas à sa conclusion. Bien au contraire. C’est, à partir de 1872 (premier retour du prince en France), le début de trois grandes décennies d’affections mutuelles entre le prétendant à la couronne britannique et la France redevenue républicaine. Bertie perfectionne son métier de séducteur au Moulin Rouge, dans les « caf-concs », dans les « maisons de cocottes » de la Côte d’Azur, mais aussi dans les milieux politiques. Ce n’est rien de négligeable, on le verra. Il peut se permettre de faire fi de cette presse britannique, toujours à l’affût de scandales, et qui le surnomme affectueusement « Dirty Bertie ». Il peut se permettre de faire fi de sa mère qui le traite toujours en adolescent, horrifiée de voir un jour l’Angleterre dirigée par un « playboy immoral ». Lui, « l’esthète à la française », va faire bon usage de son expérience des mondanités pour éviter les discordes pouvant mener à une guerre « qui mettrait fin à tous ses amusements ».

Bertie, avant tout, aime les gens. Bertie veut vraiment devenir un roi public. C’est à un réel changement de décor qu’on a droit, donc, lorsqu’il accède au trône, devenant Édouard VII, en 1901. Il a enfin l’occasion de faire taire les sceptiques. Lui, « l’adolescent », démontre une force de caractère longtemps refoulée.

En ce début du XXe siècle, il parait plus que probable que les querelles coloniales anglo-françaises (le souvenir de « l’incident » de Fachoda, en 1898, demeure encore très présent dans les esprits) vont mener à un affrontement violent. Bertie, devenu « King Edward », « le plus grand francophile du monde et le plus sociable » renverse la situation. Il aide à remporter en 1903, au prix de compromis en Méditerranée, l’un des plus grands triomphes diplomatiques du XXe siècle, l’Entente cordiale entre la Grande-Bretagne monarchiste et la France républicaine.

Lancé dans une inlassable campagne de paix, il souhaite avant tout maintenir une forte emprise sur son neveu, le Kaiser allemand Guillaume II, fermant les yeux sur les accès de mesquinerie de celui-ci. King Edward le sait : « Quand Guillaume a le sentiment d’être un petit-fils et un neveu aimé, il semble en paix avec lui-même et avec la Grande-Bretagne ».

Mais le temps est maintenant compté pour King Edward, victime de son mode de vie « malsain ». Trop de nourriture. Trop de tabac. Il souffre de graves problèmes respiratoires. Des vacances « de santé » à Biarritz n’arrangent rien. Au début de 1910, sentant la fin venir, conscient surtout que son boulot de séducteur et de pacificateur demeure inachevé, il confie à une amie, sa cousine Élisabeth : « Mon neveu est un fou… vous n’échapperez pas à la guerre ». Il meurt le 6 mai 1910.

La France, maintenant que Bertie, l’homme qui pouvait l’empêcher a disparu, se résigne à la guerre. King Edward, il faut le reconnaitre, n’a pas su préparer son fils, le nouveau roi George V, à lui succéder dans son rôle de pacificateur européen. George « qui ne parle quasiment pas français, baragouine à peine l’allemand et a rarement mis les pieds hors de l’Angleterre, demeure un inconnu pour les autres dirigeants européens ». On cherche, en vain, un nouveau super-héros séducteur pour sauver l’Europe.

Grâce à Bertie, tout de même, la France, « cet ennemi méprisable », est devenue en Grande-Bretagne « sexy, à la mode et charmante ». Bertie, aussi, nous fait la leçon qu’il n’y a rien de mieux que les voyages, une ouverture sur le monde et une « pure joie de vivre » pour se transformer en artisan de la paix et du dialogue. Qui souhaite perdre ce qu’il aime ailleurs. Bâtissons des nations de touristes, plutôt que de guerriers.

– À consulter :
Stephen Clarke, Édouard VII : un roi anglais made in France, Albin Michel

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