11Mai
Christian Vachon
Théâtre

Un cadeau génial pour célébrer Les Belles-Soeurs

« Chus tannée de mener une maudite vie plate ! une maudite vie plate ! Une maudite vie plate ! »
– Le chœur des Belles-Sœurs

 

 

Le 28 août 1968, un tremblement de terre culturel frappe le Québec, l’ébranlant à jamais : la pièce Les Belles-Sœurs, de Michel Tremblay, est jouée pour la première fois au Théâtre du Rideau Vert. Le chroniqueur Mario Girard célèbre les cinquante ans de cet événement en offrant Les Belles-Sœurs : L’œuvre qui a tout changé (aux éditions La Presse), un cadeau idéal, un legs génial (offrant une mise en contexte historique et sociale : le temps du chapelet en famille, la vogue des timbre-primes, l’effervescence de la Révolution tranquille) pour les nouvelles générations.

Il est beau, il est alléchant cet album, rempli de photographies, de documents d’archives (notes manuscrites de Tremblay et Brassard, croquis de costumes, de décors, …). Mario Girard nous conte aussi une grande histoire, une histoire qui se termine bien, l’histoire de deux jeunes hommes, en 1965, deux « jeunes fifs » qui aiment chiâler sur tout, sortant, « en tabarnak », du cinéma après avoir vu le film « canadien » Caïn, un film écrit dans un français « du milieu de l’Atlantique » (ni québécois, ni « français de France). « Ce n’est pas vrai qu’on parle comme ça au Québec ». Les deux hommes « en colère », en mangeant « un hot dog au Select », se lancent un défi : écrire une saynète dans la langue du peuple. Michel Tremblay s’emballe, remporte le pari en écrivant, en six semaines, une pièce sur un sujet drôle, absurde : une femme gagnante d’un million de timbres Gold Star invitant sa famille et ses amies à une « soirée de collage », une pièce avec quinze personnages, « assez pour un chœur grec ».

Des rebondissements à cette gageure vont suivre, des rebondissements typiques d’un success-story, avec des moments clés.

Moment clé : le rôle capital, pour le recrutement des comédiennes (« personne ne voulait jouer là-dedans, dire des monstruosités »), de l’extrêmement populaire (la « grande brune », la vedette, avec « Dodo », de Moi et l’autre) Denise Filiatrault, entichée, dès sa première lecture, par la résonnance du texte (« C’était mon histoire, celle de ma mère, mes tantes »).

Moment clé : la lecture publique du 4 mars 1968, devant 90 personnes, dans un minuscule théâtre de la rue Papineau. Vingt minutes d’applaudissements. Un jeune journaliste envoyé par Radio-Canada, Bernard Derome, demande à Denise Filiatrault si elle a l’impression de « s’abaisser ». Le lendemain, c’est l’appel des deux « snobs » du Rideau Vert : Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino.

Moment clé, bien sûr, les 41 présentations à ce même théâtre du Rideau Vert, entre le 28 août et le 13 octobre 1968, le propos qui secoue, le scandale médiatique, la controverse du « joual ». Michel Tremblay, parfait inconnu, est invité partout (« ce sont mes ennemis qui m’ont fait connaître »), même à Réal Giguère illimitéà Télé-Métropole, un Michel Tremblay heureux malgré la tempête (« il a fait ce qu’il avait à faire »).

Moment clé, enfin, cette présentation, en 1973, de la pièce à Paris, la consécration internationale, et cela grâce à l’aide financière d’Ottawa (le ministère des Affaires culturelles du Québec ne voulait rien savoir. Claire Kirkland-Casgrain : « Non, ce n’est pas vrai que cette pièce-là va aller nous représenter à Paris »). La pièce rayonne partout : 19 traductions (en polonais, en slovène, en yiddish, …), présentées dans une trentaine de pays. Le propos rejoint tout le monde.

De quoi jasent Les Belles-Sœurs ?

De la langue populaire, bien sûr, qui a tant suscité la polémique. « J’parle comme j’peux, pis j’dis c’que j’ai à dire, c’est toute ! »(Marie-Ange Brouillette). Jean-Noël Tremblay, le ministre des Affaires culturelles en 1968, affirmait à l’aise : « Ce n’était pas du grand théâtre ». Le temps lui donnera tort. Maintenant, comme l’énonce le dramaturge Dominic Champagne : « On n’a plus à choisir entre La Poune et Antigone. On prend les deux », comme l’a fait Michel Tremblay.

Il y aussi ces femmes, qu’on dit silencieuses, qui occupent toute la scène, prennent la parole, avouent, avec leurs mots à eux, ce mal qu’elles ont au ventre : l’ennui qui les ronge, leur « maudite vie plate ». La tante Robertine (qui a inspiré le personnage d’Albertine) dira un jour à son neveu Michel Tremblay : « Toute ma vie, je me suis confessé à un curé qui ne me comprenait pas, et je ne savais pas que j’avais un neveu dans la maison qui me comprenait ».

Il y a, finalement, cet autre thème universel, celui de la jalousie, de la relation trouble avec le succès, de la meute qui rejette et cherche à punir celui, ou celle, qui veut sortir du troupeau (Lise Paquette : « Chus v’nue au monde par la porte d’en arrière, mais m’as donc sortir par la porte d’en avant ! Pis y’a rien qui va m’en empêcher ! »). Un des personnages chéris par Michel Tremblay est cette Pierrette Guérin, mise à la porte par Germaine, l’archétype de la « waitress », l’archétype de la liberté, une femme qui travaille, qui ne dépend pas d’autres hommes. « Elle te rushe ».

Des personnalités du monde du théâtre, des comédiennes, plus d’une vingtaine, témoignent de l’impact de la pièce dans leur vie, dans leur carrière : Béatrice Picard, Danièle Lorain, Maude Guérin, Pierrette Robitaille, Lorraine Pintal (« Nous sommes tous des enfants de Michel Tremblay »), Sophie Cadieux (« Ce fut pratiquement une deuxième école de théâtre pour moi que de participer à cette production »), Guylaine Tremblay (« Ce jour-là, j’ai compris que nous avions le droit d’être magnifique ! »), …

Et il y a le mot final de Michel Tremblay, Michel Tremblay qui échappa à la « maudite vie plate » avec la popularité de sa pièce, Michel Tremblay qui, malgré la fatigue d’avoir vu, au point d’en vomir en entendant la première réplique, « au moins 1000 fois sa pièce », s’en dit encore fier. « Le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à un auteur dramatique, c’est de lui offrir le plus grand nombre de visions différentes de son œuvre(…). Ce qui est fantastique, c’est que tout change, sauf ce que tu as fait ».

Mario Girard, avec son cadeau à lui, nous fait bien saisir qu’il y un avant et un après Michel Tremblay, René-Richard Cyr nous l’exprime aussi d’une belle façon : « Avec lui, on a compris que les bigoudis pouvaient être de l’art ».

– À consulter :

Mario Girard, Les Belles-Sœurs : l’œuvre qui a tout changé, les éditions La Presse.

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