12Avr
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Essais

Impatiente jeunesse d’Arabie saoudite

Immobile comme du roc la société saoudienne ? Effacez ce cliché. Clarence Rodriguez, journaliste durant douze ans (de 2005 à 2017) dans le royaume ultra-puritain, nous laisse entrevoir bien des indices que le conservatisme social « n’est que façade », que la réalité est plus « complexe et nuancée », avec ces quelques portraits et rencontres qu’elle nous présente dans Arabie saoudite 3.0 : Paroles de la jeunesse saoudienne, chez Erick Bonnier, dans sa collection « Encre d’Orient ».

Ces portraits et rencontres nous font porter un tout autre regard sur ce coin du monde malmené, à tort ou à raison, par les médias. Peut-on croire, enfin, qu’un vent de changement souffle au pays du fanatisme religieux ?

Il existe, ce vent du renouveau. Il s’agite même du sommet, poussé par ce jeune prince (il n’a que trente-et-un ans) Mohamed Ben Salman, dit « MBS », (désigné « prince héritier » en juin 2017 par le souverain actuel, le roi Salman), prince impatient (« Le changement ici et maintenant, c’est moi ») qui, le 20 avril 2016, a présenté son projet « Vision 2030 » de réforme en profondeur de l’économie (la manne pétrolière n’est plus ce qu’elle était) et de la société saoudienne. Il mousse un « libéralisme tatchérien de bon aloi », sur le modèle, entre autres, mis en place aux Émirats arabes unis voisins. Il veut en finir avec « la gabegie (le gaspillage) de l’État-Providence ».

« La jeunesse enfin sera notre plus grande priorité », jure le prince, une jeunesse fortement majoritaire (65 % de la population d’Arabie saoudite, pays de 30 millions d’habitants, est âgée de moins de 30 ans), instruite, ayant accès aux technologies numériques (le royaume arabe est le pays où le taux d’équipement par habitants en technologies de l’information, téléphonies mobiles, tablettes numériques, est le plus élevé au monde), et entretenant des volontés d’émancipation. Clarence Rodriguez interroge quelques-uns de ces jeunes pressés, aspirant au changement, avides de brasser la cage économique, sociale, sexuelle…

D’abord Khaled Al-s, 27 ans, un dirigeant d’exploitation agricole voyant l’avenir avec optimisme, et aimant bien faire la fête, draguer (« tout se passe dans un cadre privé ») :  « avec WhatsApp, on se parle. Et avec Snapchat, on s’envoie des photos ». Auparavant, sous « l’abaya », « c’était bonjour la chance ». Maintenant, « plus d’erreur sur la marchandise. Allah soit béni ! ».

Il y a Dasan, 27 ans aussi, satisfait de ce passage d’un modèle d’assistance étatique à un modèle d’initiative individuelle « offrant beaucoup d’opportunités pour la jeune génération ». Dasan, accaparé par ses travaux en ingénierie mécanique, n’a toutefois pas de fiancée en vue : « Pas le temps. J’attends que ma mère veuille bien s’en occuper ».

C’est cette mission des plus traditionnelles (preuve d’une jeunesse, impatiente certes, mais balançant entre convention et modernité) qu’a accompli, en enquêtant, et dénichant « la femme rêvée pour son fils », la mère de Samir, 28 ans, traducteur de français dans l’unité officielle du conseil des ministres saoudien. « Maintenant » confesse Samir, « même si les premiers mois n’ont pas été évident, je peux vraiment dire que ma mère ne s’est pas trompé, que nous nous entendons très bien ».

Heureux en couple, mais malheureux en société Samir. Il vit très mal la « hchouma », la honte sociale d’avoir échoué, trois fois, le concours de médecine en France, « de ne pas pouvoir rentrer en Arabie saoudite en portant la tête haute ». Son désir avide de changement se teinte de revanche : en finir avec « le pistonnage qui me fait obstacle », le désir « d’une égalité réelle devant la loi de chacun et de tous ».

Samir souhaite aussi mettre un terme à l’impunité de la « Mutawa », la police religieuse « qui donne une image déplorable au pays ». « Elle enflamme et nous empoisonne la vie (…). Ce n’est pas à elle de contrôler le voile. C’est aux familles ».

Samir lance aussi des flèches à nous, les Occidentaux, gardant un désagréable souvenir de ses études de médecine en France. « Tu peux comprendre ce que ce jugement systématique des étrangers : « Saoudien égale oppression, obscurantisme des femmes », peut avoir de réducteur et d’insupportable pour nous ».

Nour, jeune fille saoudienne de 28 ans, étudiante en orthophonie, fille de Fawzia Al-Maikissi, une médecin pédiatre (et aussi une des trente premières femmes nommées, en janvier 2013, par le roi Abdallah de l’époque, pour siéger au Majlis al-Choura), lui donne en fait raison : « Le stéréotype de la femme saoudienne soumise et passive (est) dépassé (…). Les jeunes filles d’aujourd’hui (sont) incroyablement fortes et entreprenantes ».

Ce roi Abdallah a aussi pris des mesures, il y a quatre ou cinq ans, avant son décès, « pour favoriser le travail féminin ». Grâce à des bourses universitaires, favorisant les jeunes filles, il s’offre maintenant « plus d’opportunité de réussite pour les femmes que pour les hommes ».

L’enquêteuse Clarence Rodriguez a débusqué un de ces modèles de réussite au féminin, Raghad al-K., 27 ans, pas mariée (elle souhaite se concentrer « au lancement de sa carrière »), propriétaire d’un magasin de vêtements chics à Riyad, et maniant l’humour avec une redoutable virtuosité, un bel exemple d’effronterie et d’indépendance. Travailler dans le monde de la mode représente pour elle « un accomplissement personnel ». « Je crois qu’il est essentiel de ne dépendre de personne financièrement car cela permet d’être libre ».

Elle aussi elle en entend de toutes sortes lorsqu’elle voyage, pour affaires, en Occident. « Tellement de gens reprochent tellement de choses aux femmes saoudiennes sans rien connaître sur elles le plus souvent (…). Tous ces clichés sur la femme musulmane « cloîtrée, passive, soumise ». Elle s’amuse de ces têtes stupéfaites « quand je leur dis que je viens d’Arabie saoudite »,elle qui est « habillée avec élégance », qui « fait des affaires toute seule ».

Mais cette jeunesse, nous en avons glissé un mot, entend préserver son identité culturelle quelque peu « archaïque ». Clarence Rodriguez laisse filtrer plusieurs signes de l’importance des traditions patriarcales chez la jeune génération, du moins chez les garçons. Pour Dasan : « je ne veux pas que ma sœur sorte de la maison sans son hidjab(…). Porter le hidjab affirme aux yeux du monde qu’elle est fière de son identité ». Pour Khaled : « Le rôle d’une femme est de faire des enfants et de les élever, pas aller courir les hommes ». Citons aussi Samir : « Une Saoudienne qui sort avec un homme se met en danger, et sa famille avec elle. Un Saoudien, non. On peut discuter cet ordre des choses mais on est obligé de faire « avec » ».

« La vraie liberté est toujours invisible » réplique, en tempérant ce « conformisme », Nour à Clarence Rodriguez. « J’ai parfois besoin que la liberté devienne visible » confesse la journaliste occidentale. « Une femme seule marchant dans la rue (à Riyad) représente une incongruité ».

Clarence Rodriguez, surtout, avoue que cette promesse de libéralisation de l’économie du jeune prince « MBS » ne s’accompagne pas d’une promesse de « libéralisation des consciences ». Elle trace un vibrant portrait de Raïf Badawi « blogueur emprisonné, esprit libre flagellé ». Le journaliste indépendant et audacieux, bien connu et appuyé chez nous, au Québec, grâce à son épouse vivant à Sherbrooke, est emprisonné depuis 2012 pour avoir provoqué, une fois de trop, le clergé wahhabite en proposant une journée de libéralisme ou tous, « musulmans, juifs, chrétiens, athées seraient égaux ». Le jeune prince fera-t-il un geste de clémence envers Badawi s’il accède prochainement au trône ? La jeunesse bouillonne en Arabie saoudite, mais les forces d’inertie demeurent innombrables.

L’intervieweuse nous partage, en épilogue, sa propre « Vision 2030 » de l’Arabie saoudite, de Riyad, avec sa police municipale devenue « aimable », «traitant les gens comme des êtres humains », avec des couples d’amoureux « se tenant par la main ». Elle imagine ce miracle : Raghad, cette jeune saoudienne, chef d’entreprise frondeuse, énergique, briseuse de barrières, en pleine campagne électorale à la mairie, avec ce slogan : « Ce que j’ai fait dans mon métier, je veux le faire maintenant pour ma ville ». Nour, et les millions d’autres Saoudiennes, ne peuvent qu’approuver.

– À consulter :
Clarence Rodriguez, Arabie saoudite 3.0 : Paroles de la jeunesse saoudienne, éditions Erick Bonnier, coll. « Encre d’Orient ».

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