7Mar
Christian Vachon
Histoire

Il y a 50 ans, en 1968, des sociétés ébranlées

La révolution bolchévique, menée en Russie par Lénine, demeure encore bien fragile en ce début d’année 1918. Des mouvements d’opposition armés menacent de surgir un peu partout, tant à l’est de l’Oural, qu’au Sud, en Crimée ou au Caucase, dans ce vaste et ancien empire (des menaces qui deviendront réalités dès l’été). Les mouvements de fraternisation avec les soldats allemands ne sont plus que de lointains souvenirs.

 

Les espoirs d’une « bolchevisation » de l’Allemagne, la grande nation industrielle, s’estompe (la militante socialiste Roxa Luxembourg ne pourra que déplorer « cette persévérante immobilité de cadavre du prolétariat allemand »). Mais les ressources ne manquent pas pour remédier à cette « révolution en péril ». Un énergique Trotski, nommé « commissaire du peuple à la guerre », reprend en main l’Armée rouge, la transformant en corps discipliné et bien encadré, en faisant le « fer de lance » de la Révolution. Le gouvernement va aussi être transféré de Petrograd à Moscou, la nouvelle capitale, se retrouvant ainsi plus au cœur du pays… et de l’action révolutionnaire.

Lénine, et son gouvernement, va également sacrifier « la cause de la révolution européenne » à la nécessité de sauver le régime instauré en Russie en signant avec l’Allemagne, le 3 mars 1918, le Traité de Brest-Livotsk, se condamnant à une paix qui pourrait être qualifiée de « honteuse » (perte de la Pologne « russe » ; des Pays baltes et une Ukraine devenant indépendants, …). On préfère accepter la défaite extérieure, pour mieux consolider le pouvoir intérieur. Le calcul va s’avérer juste… et très payant à long terme.

Les publications sur cette révolution russe « d’octobre 1917 » demeurent encore nombreuses en ce début d’année 2018. Mentionnons cette « perspective panoramique » de China Miéville : Octobre : l’aventure de la révolution russe, chez l’éditeur Amsterdam ; Comprendre Octobre : cent ans après la révolution russe de 1917, ou « comment en tirer des leçons pour aujourd’hui », par un leader du mouvement de la France insoumise Jean-Christophe Sellin, aux éditions du Croquant ; un ouvrage très critique du « mythe bolchevik » (le bolchevisme a été la « culmination fanatique et délirante de la doctrine occidentale de la souveraineté de l’État ») : L’ombre d’Octobre : la Révolution russe et le spectre des soviets, de Pierre Dardot et Christian Laval, chez l’éditeur québécois Lux ;  une réédition, dans la collection « Texto » de Tallandier, de la substantielle biographie de Jean-Jacques Marie : Lénine, la révolution permanente (parution en mars 2018) ; un témoignage précieux d’une lycienne activiste durant les premières années de l’URSS – et déçue du bolchevisme – : Révoltée de Evguénia Iaroslavskaia-Markon, dans la collection « Points-document » du Seuil ;  un recueil d’essais politiques (sur la révolution russe de 1905) de Léon Tolstoï : Le refus d’obéissance : écrits sur la révolution, chez l’Échappée (parution en janvier 2018) ; et, enfin, un essai sur les affrontements entre libertaires et bolcheviks communistes, entre 1917 et 1927 : Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 d’Alexandre Skirda, chez l’éditeur parisien les Amis de Spartacus.

Salutaire pour l’Allemagne, ce traité de Brest-Livotsk. Ce retrait du conflit mondial, par l’ennemi à l’Est, lui permet de rapatrier, sur le front de l’Ouest, des centaines de milliers de soldats, d’obtenir la supériorité, en terme de divisions (190 contre 170) sur les ennemis occidentaux, de pouvoir cette « offensive de la dernière chance », de décrocher cette ultime chance de victoire avant l’arrivée massive des soldats américains –prévue à la fin de l’année–, cette ultime chance de profiter de la bisbille régnant chez les états-majors en face, entre Américains et alliés, entre Français et Anglais, entre Français entre eux.

Le commandant allemand Eric von Lunderdoff n’attend pas. Il lance sa première offensive dès le 21 mars (il y en aura deux autres : en mai-juin 1918, puis en juillet, la « Friedenstrum », « l’Offensive de la paix ». Jean-Claude Laparra les détaille dans le premier tome de 1918 l’année décisive : Les ultimes offensives allemandes, publié chez Soteca. L’effet de surprise réussit. C’est la percée. Le spectre de la défaite hante les Alliés, qui songent même à évacuer Paris. Mais l’armée allemande n’a plus la vigueur, la profondeur stratégique de 1914. Elle n’a plus la ressource en hommes et en munitions de l’époque. Elle s’épuise plus rapidement. De plus, ces offensives ont cet effet non désiré de forcer un commandement unique, le premier « front uni » en quatre ans de guerre, chez les armées alliées. Le combatif maréchal français Foch est désigné à sa tête.

Le 15 juillet, les Allemands battent en retraite, à Villers-Cotterêts. Le 18 juillet, Foch annonce à son état-major que le moment est venu de quitter l’attitude défensive pour se porter à l’offensive (après l’échec du « coup de dé » de Ludendorff, le président du conseil français Clémenceau va aussi déclarer sobrement à l’Assemblée nationale : «Il reste aux vivants à parachever l’œuvre magnifique des morts »).

Au mois d’août, ça y est, c’est la contre-offensive sur tous les fronts alliés : en France, dans les Balkans, en Palestine (on laisse un délai de quelques semaines aux Italiens contre les Austro-Hongrois). Les uns et les autres n’imaginent pas, alors, que cette offensive serait la dernière, et que la guerre allait s’achever à la fin de l’année. Henri Ortholan commente le caractère rapide et inattendu de cette offensive, menant à l’armistice du 11 novembre, dans le second tome de 1918 l’année décisive : la contre-offensive alliée, chez Soteca.

Le 8 août 1918, c’est la débâcle chez l’ennemi, « un jour de deuil pour l’armée allemande », témoigne, avec amertume, Ludendorff. La poussée des Alliés est irrésistible, une guerre de tranchées de quatre ans redevient « guerre de mouvement », grâce aux tanks, et à une supériorité en hommes, en armements, en ravitaillement, qui va devenir écrasante.

À l’automne, tous les alliés de l’Allemagne l’abandonnent : la Bulgarie, la Turquie, l’Autriche-Hongrie. Un vent de contestation se lève même à l’intérieur de l’empire germanique. La population commence à être lasse de la disette. Des marins se mutinent à Kiel, le 3 novembre. Les sociaux-démocrates sont appelés au gouvernement, à Berlin. Ludendorff démissionne. Le kaiser Guillaume II abdique, et s’enfuit en Hollande. Il n’y a plus d’obstacles à une fin des hostilités. Les conditions de l’armistice, qui peuvent sembler impitoyables pour l’Allemagne, sont acceptées à Rethondes. Les combats cessent le 11 novembre, à onze heures. Les faits militaires, diplomatiques et politiques qui mènent à la conclusion de cette guerre sont relatés dans cet entraînant récit de Pierre Miquel 1918 : de la grande peur à la victoire réédité par Tallandier.

Pour le général français Pétain, qui aurait tant souhaité repousser les Allemands jusqu’au fin fond de leur territoire, pour les Américains, qui auraient tant souhaité être associés plus largement à la victoire (ils auront l’occasion de se reprendre à une autre guerre mondiale suivante), cet armistice est arrivé trop rapidement. Pour des bellicistes allemands (entre autres, un caporal allemand gazé, du nom d’Adolf Hitler, soigné dans un hôpital), cette cessation des hostilités, alors que les troupes allemandes occupent encore une bonne partie de la Belgique – et que la mère-patrie est épargnée – ressemble à une trahison, à un « coup de couteau dans le dos » des civils. Les propos déconcertants du premier président de la République allemande Ebert, saluant ces soldats « qui reviennent invaincus d’un combat glorieux » donneront également bien du poids à ce mythe dont va se nourrir la propagande nazie dans les années vingt et trente. Les socialistes allemands prendront l’odieux de la défaite, tout en se livrant à une répression des velléités populaires en cette fin des années 1910. Sebastian Haffner nous conte tout cela dans Allemagne, 1918 : une révolution trahie, chez l’éditeur marseillais Agone.

Après avoir gagné cette guerre, allons-nous perdre la paix ? Nous aurons la réponse, l’année suivante, à Versailles, en 1919.

Cette guerre contre l’Allemagne terminée, bien des dirigeants occidentaux auraient voulu poursuivre, avec plus de vigueur, un autre combat entamé depuis peu, depuis l’été en fait, à l’extrémité orientale de la Sibérie, un combat contre un adversaire supposément plus menaçant qui prend l’allure d’une « croisade antibolchévique ». Oliva Cinq-Mars raconte les périples de sa vie de soldat canadien, victime, bien malgré-lui, de cette « angoisse de la menace rouge » dans De Valcartier à Arkhangelsk : Mémoires de campagne d’un artilleur du Québec (1914-1919), dans un texte, établi et annoté par Michel Litalien, paru aux éditions Athéna le printemps dernier.

Mais les combattants, fatigués de quatre ans de guerre, refusent de suivre. Des troupes se mutinent, au port sibérien d’Arkhangelsk, au mois d’octobre 1918. L’Armée rouge n’aura pas à affronter une vaste coalition des armées alliées. Seulement une poignée de soldats et d’officiers occidentaux, plus ou moins enthousiastes, vont tenter de soutenir ces « armées blanches », mal unifiées, opposées aux soviets.

En fait, depuis la fin de cette année 1918, le reste du monde doit affronter un ennemi minuscule, mais mille fois plus dangereux et meurtrier, un ennemi impossible à contenir, un virus virulent et contagieux, celui de la « grippe espagnole. Et il est impitoyable, violent. Durant le seul hiver 1918-1919, il y aura plus d’un milliard de malades dans le monde. Cette pandémie, la plus mortelle de l’histoire (et qui prend sans source, non pas « en Espagne », mais, semble-t-il, en Chine), fait un arrêt en Amérique, avant d’atteindre l’Europe, contamine 50 % de la population, s’en prenant tout particulièrement aux jeunes et aux gens pauvres. Parmi les 50 millions de morts (et plus) qu’elle va laisser sur son chemin : Max Weber, Guillaume Apollinaire, Edmond Rostand, … Un romancier viennois réputé, ayant pour nom Stefan Zweig, raconte son existence, et sa relation avec une mystérieuse jeune femme, lors de cette épidémie de « grippe espagnole », dans cette Lettre d’une inconnue, qui sera rééditée dans la collection Folio « classique » de Gallimard, en mars 2018.

Guerres, révolutions, épidémies ont fait de millions de morts au cours de cette année 1918. Parmi ces victimes, une famille décimée, dans une ville à l’est de l’Oural, continue à faire parler d’elle plus d’une siècle plus tard. Nicolas II, empereur déchu, inutile, avait encore trop d’importance pour que le pouvoir bolchévique le laisse en paix. « Il avait vécu trop longtemps grâce à la bienveillance de la révolution ». En fait, les « armées blanches » risquaient de remettre la main sur ce « symbole vivant » de l’ancien régime. Dans la nuit du 16 au 17 juillet, à Ekaterinbourg, on scelle le destin de la famille impériale des Romanov (père, mère et enfants : quatre filles et un garçon) à coups de pistolets dans le sous-sol d’une villa. La raison d’État du pouvoir bolchévique croyait ensevelir, à jamais, le souvenir de ces « tyrans », elle en a fait, avec le « martyr » de quatre belles adolescentes, des icônes populaires pour l’éternité. L’histoire de cette famille, et du reste de la dynastie, nous est narré dans Les Romanov : 1613-1918 de Simon Sebag-Montefiore, réédité à l’automne 2017.

Fermer

Service aux
institutions

T 418 692-1175, poste 2 F 418 692-1021 Courriel

Commandes
internet

Courriel

Événements littéraires,
publicité, dons et commandites

Courriel

Vieux-Québec

  • 1100, rue Saint-Jean
  • Québec (QC) Canada
  • G1R 1S5
T 418 694-9748 F 418 694-0209 Courriel

Heures d'ouverture

De janvier à mars

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

D'avril à octobre

9 h 30 à 22 h tous les jours

Novembre et décembre

9 h 30 à 21 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 22 h du jeudi au samedi

Saint-Roch

  • 286, rue Saint-Joseph Est
  • Québec (QC) Canada
  • G1K 3A9
T 418 692-1175 F 418 692-1021 Courriel

Heures d'ouverture

Janvier à juin • Septembre à novembre

9 h 30 à 18 h du samedi au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au vendredi

De juin à août

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

Décembre

9 h 30 à 18 h du dimanche au mardi
9 h 30 à 21 h du mercredi au samedi

À propos

Fondée en 1972, la Librairie Pantoute, dont les deux succursales sont agréées, compte, au total, plus de 50000 titres en inventaire.  Elle est membre de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et du regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

En 2012, elle célébre ses 40 ans d’existence. En 2014, la Librairie et Le Studio P deviennent la propriété de leurs employés qui se sont regroupés sous forme d’une corporation et d’une coopérative. La Librairie compte une trentaine d’employés.

Services

  • Service aux institutions

La Librairie Pantoute offre un service personnalisé, courtois, efficace et rapide aux institutions publiques et privées.

Service de commandes

– Suivi rigoureux de vos commandes et de votre budget
– Commandes spéciales (Europe et États-Unis)
– Réservations automatiques de séries BD
– Commandes en ligne de livres papier et numériques
– Livraison rapide et gratuite dans la région de la Capitale Nationale (des frais sont à prévoir pour le reste du Québec)

Service de recherches

– Recherches bibliographiques avancées
– Suggestions d’ouvrages selon vos besoins
– Envois de livres en consignation

Visites en librairie

– Nous vous accueillons en librairie ou dans notre salle de montre de la succursale Saint-Joseph
– Conseils de nos libraires spécialisés
– Présentations sur des thèmes ou des genres précis chez nous ou chez vous!

Institutions Hors-Québec

– Rabais de 15 % sur la plupart des livres
– Livraison rapide
– Service bilingue

Pour information.

  • Service aux particuliers

– Service-conseil personnalisé
– Commandes de livres et commandes européennes
– Recherches bibliographiques avancées
– Compte de fidélité

  • Commandes Internet

– Commandes en ligne de livres papier et numériques sur pantoute.leslibraires.ca

  • Événements littéraires

La Librairie croit que son rôle de diffuseur culturel auprès de la population est important. C’est pourquoi elle organise régulièrement des événements littéraires tels que des lancements de livres, des séances de signature et des causeries.

Pour information.

Inscrivez-vous à notre infolettre

Menu Rechercher
MamboMambo